lundi 27 décembre 2010

Vierge incertaine

Toi qui verses, les nuits tendres, sur tes pieds blancs
Des larmes de statue oubliée et brisée,
Telle une douloureuse et mystique rosée,
Par qui se courbent les doux calices tremblants,

J'irai, ce soir, vers l'eau taciturne où bleuissent
De pâles fleurs, dans la triste mare d'azur,
Cueillir pour tes doigts longs l'iris antique et pur
Que les pleurs amoureux de la fontaine emplissent.

Ainsi, je t'aimerai dans ton droit vêtement,
Tes yeux morts dans les miens arrêtés longuement,
Avec ma fleur en tes mains vagues d'innocence;

Nous resterons longtemps muets, d'ombre voilés,
Et je t'adorerai sous ces bois violets
Où de pudiques lys grandissent en silence...

Paul VALERY (1891)