mercredi 2 novembre 2016

O silence, O beauté !

O silence, O beauté !
A peine un oiseau
à peine une peine
l'eau sous les roseaux
le vent sur la plaine
et mon coeur éclaté

En cette tranquillité
où donc la guerre prochaine ?
Le cou pris sur l'échafaud
la prison avec ses chaînes
et l'emprise d'un étau
se refermant sur l'été ?

Mes soeurs, où donc êtes-vous ?
Sur ces grabats, sur ces paillasses
avec les souris et les poux,
tombées au plus profond du trou,
plus bas qu'un mendiant sans besace.

Mes soeurs, où donc êtes-vous ?
Avec les plaies de vos corps,
et la mort qui vient encor
plus vite sous les verrous

J'ai honte de l'oiseau
et honte de la plaine
Et l'eau sous les roseaux
m'est bien plus qu'une peine ...

Edith THOMAS cit. in Pierre Seghers, La Résistance et ses poètes (1974)