... le rêve n'est pas seulement un rébus qu'on décrypte, un texte qu'on déchiffre mais un espace en nous qui s'ouvre ou ne s'ouvre pas et qui, s'il parvient à s'ouvrir, donne à notre perception du monde et de nous-même une tout autre dimension.
Jean-Bertrand PONTALIS, Le Dormeur éveillé
Mon blog propose à la lecture des poésies et des réflexions de différents auteurs, le plus souvent de langue française, et parfois de langue anglaise ou espagnole.
mercredi 21 juillet 2010
mardi 20 juillet 2010
Hommage à la vie
C’est beau d’avoir élu
Domicile vivant
Et de loger le temps
Dans un cœur continu,
Et d’avoir vu ses mains
Se poser sur le monde
Comme sur une pomme
Dans un petit jardin,
D’avoir aimé la terre,
La lune et le soleil
Comme des familiers
Qui n’ont pas leurs pareils,
Et d’avoir confié
Le monde à sa mémoire
Comme un clair cavalier
A sa monture noire,
D’avoir donné visage
A ces mots : femme, enfants,
Et servi de rivage
A d’errants continents,
Et d’avoir atteint l’âme
A petits coups de rame
Pour ne l’effaroucher
D’une brusque approchée.
C’est beau d’avoir connu
L’ombre sous le feuillage
Et d’avoir senti l’âge
Ramper sur le corps nu,
Accompagné la peine
Du sang noir dans les veines
Et doré son silence
De l’étoile Patience,
Et d’avoir tous ces mots
Qui bougent dans la tête
De choisir les moins beaux
Pour leur faire un peu fête,
D’avoir senti la vie
Hâtive et mal aimée
De l’avoir enfermée
Dans cette poésie.
Jules SUPERVIELLE, Hommage à la Vie
Domicile vivant
Et de loger le temps
Dans un cœur continu,
Et d’avoir vu ses mains
Se poser sur le monde
Comme sur une pomme
Dans un petit jardin,
D’avoir aimé la terre,
La lune et le soleil
Comme des familiers
Qui n’ont pas leurs pareils,
Et d’avoir confié
Le monde à sa mémoire
Comme un clair cavalier
A sa monture noire,
D’avoir donné visage
A ces mots : femme, enfants,
Et servi de rivage
A d’errants continents,
Et d’avoir atteint l’âme
A petits coups de rame
Pour ne l’effaroucher
D’une brusque approchée.
C’est beau d’avoir connu
L’ombre sous le feuillage
Et d’avoir senti l’âge
Ramper sur le corps nu,
Accompagné la peine
Du sang noir dans les veines
Et doré son silence
De l’étoile Patience,
Et d’avoir tous ces mots
Qui bougent dans la tête
De choisir les moins beaux
Pour leur faire un peu fête,
D’avoir senti la vie
Hâtive et mal aimée
De l’avoir enfermée
Dans cette poésie.
Jules SUPERVIELLE, Hommage à la Vie
lundi 12 juillet 2010
Il nous faudrait voir
Le plus insupportable dans la perte, serait-ce la perte de vue ? Annoncerait-elle, chez l'autre, l'absolu retrait d'amour et, en nous, l'inquiétude d'une infirmité foncière : ne pas être capable d'aimer l'invisible ?
Jean-Bertrand PONTALIS, Perdre de vue
Jean-Bertrand PONTALIS, Perdre de vue
jeudi 17 juin 2010
18 Juin 2010
Je vous salue ma France arrachée aux fantômes
O rendue à la paix Vaisseau sauvé des eaux
Pays qui chante Orléans Beaugency Vendôme
Cloches cloches sonnez l'angélus des oiseaux
Je vous salue ma France aux yeux de tourterelle
Jamais trop mon tourment mon amour jamais trop
Ma France mon ancienne et nouvelle querelle
Sol semé de héros ciel plein de passereaux
Je vous salue ma France où les vents se calmèrent
Ma France de toujours que la géographie
Ouvre comme une paume aux souffles de la mer
Pour que l'oiseau du large y vienne et se confie
Je vous salue ma France où l'oiseau de passage
De Lille à Roncevaux de Brest au Mont Cenis
Pour la première fois a fait l'apprentissage
De ce qu'il peut coûter d'abandonner un nid
Patrie également à la colombe ou l'aigle
De l'audace et du chant doublement habitée
Je vous salue ma France où les blés et les seigles
Mûrissent au soleil de la diversité ...
Heureuse et forte enfin qui portez pour écharpe
Cet arc-en-ciel témoin qu'il ne tonnera plus
Liberté dont frémit le silence des harpes
Ma France d'au-delà le déluge salut
Louis ARAGON, Le Musée Grévin
Pour le 70ème anniversaire de l'Appel du Général de Gaulle.
O rendue à la paix Vaisseau sauvé des eaux
Pays qui chante Orléans Beaugency Vendôme
Cloches cloches sonnez l'angélus des oiseaux
Je vous salue ma France aux yeux de tourterelle
Jamais trop mon tourment mon amour jamais trop
Ma France mon ancienne et nouvelle querelle
Sol semé de héros ciel plein de passereaux
Je vous salue ma France où les vents se calmèrent
Ma France de toujours que la géographie
Ouvre comme une paume aux souffles de la mer
Pour que l'oiseau du large y vienne et se confie
Je vous salue ma France où l'oiseau de passage
De Lille à Roncevaux de Brest au Mont Cenis
Pour la première fois a fait l'apprentissage
De ce qu'il peut coûter d'abandonner un nid
Patrie également à la colombe ou l'aigle
De l'audace et du chant doublement habitée
Je vous salue ma France où les blés et les seigles
Mûrissent au soleil de la diversité ...
Heureuse et forte enfin qui portez pour écharpe
Cet arc-en-ciel témoin qu'il ne tonnera plus
Liberté dont frémit le silence des harpes
Ma France d'au-delà le déluge salut
Louis ARAGON, Le Musée Grévin
Pour le 70ème anniversaire de l'Appel du Général de Gaulle.
mercredi 16 juin 2010
Le droit de l'homme
En entrant dans la cathédrale, j'ai remarqué un bébé porté dans les bras de sa mère. (...)
Ce bébé, quel est son droit ? Quels sont ses droits ? Quel juriste peut mieux que sa mère répondre à cette question ? "Tu as tous les droits, mon fils. Tu as tous les droits sur moi, car je t'aime".
Son droit, c'est l'amour dont il est aimé; c'est aussi sa dignité. Alors qu'il est encore sans défense, sans revendication, sans parole. Ou plutôt qu'il s'exprime d'une façon que seul l'amour de sa mère qui l'aime peut comprendre. Seul cet amour peut le reconnaître et le faire reconnaître.
Le droit de l'homme, notre droit, c'est l'amour dont nous sommes aimés.
Jean-Marie LUSTIGER, Dieu merci, les droits de l'homme
Ce bébé, quel est son droit ? Quels sont ses droits ? Quel juriste peut mieux que sa mère répondre à cette question ? "Tu as tous les droits, mon fils. Tu as tous les droits sur moi, car je t'aime".
Son droit, c'est l'amour dont il est aimé; c'est aussi sa dignité. Alors qu'il est encore sans défense, sans revendication, sans parole. Ou plutôt qu'il s'exprime d'une façon que seul l'amour de sa mère qui l'aime peut comprendre. Seul cet amour peut le reconnaître et le faire reconnaître.
Le droit de l'homme, notre droit, c'est l'amour dont nous sommes aimés.
Jean-Marie LUSTIGER, Dieu merci, les droits de l'homme
mardi 15 juin 2010
I have no life but this
I have no life but this,
To lead it here;
Nor any death, but lest
Dispelled from there;
Nor tie to earths to come
Nor action new,
Except through this extent,
The realm of you.
....
Not knowing when the dawn will come
I open every door;
Or has it feathers like a bird,
Or billows like a shore ?
Emily DICKINSON, Selected Poems and letters (edited by Robert N. Linscott)
To lead it here;
Nor any death, but lest
Dispelled from there;
Nor tie to earths to come
Nor action new,
Except through this extent,
The realm of you.
....
Not knowing when the dawn will come
I open every door;
Or has it feathers like a bird,
Or billows like a shore ?
Emily DICKINSON, Selected Poems and letters (edited by Robert N. Linscott)
lundi 14 juin 2010
Chant d'automne (fragment)
J'aime de vos longs yeux la lumière verdâtre,
Douce beauté, mais tout aujourd'hui m'est amer,
Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l'âtre,
Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.
Et pourtant aimez-moi, tendre coeur ! soyez mère,
Même pour un ingrat, même pour un méchant;
Amante ou soeur, soyez la douceur éphémère
D'un glorieux automne ou d'un soleil couchant.
Courte tâche ! La tombe attend; elle est avide !
Ah ! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux,
Goûter, en regrettant l'été blanc et torride,
De l'arrière-saison le rayon jaune et doux !
Charles BAUDELAIRE, Les Fleurs du Mal
Douce beauté, mais tout aujourd'hui m'est amer,
Et rien, ni votre amour, ni le boudoir, ni l'âtre,
Ne me vaut le soleil rayonnant sur la mer.
Et pourtant aimez-moi, tendre coeur ! soyez mère,
Même pour un ingrat, même pour un méchant;
Amante ou soeur, soyez la douceur éphémère
D'un glorieux automne ou d'un soleil couchant.
Courte tâche ! La tombe attend; elle est avide !
Ah ! laissez-moi, mon front posé sur vos genoux,
Goûter, en regrettant l'été blanc et torride,
De l'arrière-saison le rayon jaune et doux !
Charles BAUDELAIRE, Les Fleurs du Mal
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When the warm sun, that brings Seed-time and harvest, has returned again, 'Tis sweet to visit the still wood,where springs The first flo...