mercredi 7 novembre 2012

To Jane : 'The keen stars were twinkling'

 I
The keen stars were twinkling,
And the fair moon was rising among them,
Dear Jane !
The guitar was tinkling,
But the notes were not sweet till you sung them
Again.

II
As the moon's soft splendour
O'er the faint cold starlight of Heaven
Is thrown,
So your voice most tender
To the strings without soul had them given
Its own.

III
The stars will awaken,
Though the moon sleep a full hour later,
To-night ;
No leaf will be shaken
Whilst the dews of your melody scatter
Delight.

IV
Though the sound overpowers,
Sing again, with your dear voice revealing
A tone
Of some world far from ours,
Where music and moonlight and feeling
Are one.

Percy Bysshe SHELLEY (1822)

***

A Jane

I
Les étoiles aiguës scintillaient,
Et la belle lune entre elles se levait,
Chère Jane !
La guitare tintait
Mais les notes n'étaient douces que quand vous les chantiez
De nouveau..

II
Comme la molle splendeur de la lune
Sur la faible, froide lumière des astres aux cieux
Se répand,
Ainsi votre voix, la plus tendre,
Aux accents dépourvus d'âme avait alors donné
La sienne.

III
Les étoiles s'éveilleront,
Quoique dorme la nuit une pleine heure plus tard
Cette nuit.
Nulle feuille ne remuera
Tandis que les rosées de votre mélodie épandront
Le délice.

IV
Quoique le son subjugue,
Chantez encore, de votre chère voix révélant
Une harmonie
De quelque monde loin du nôtre
Où la musique, le clair de lune, le sentiment
Ne font qu'un.

(Traduction A. Fontainas)



mardi 6 novembre 2012

Prière pour aller au Paradis avec les ânes


Lorsqu’il faudra aller vers Vous, ô mon Dieu, faites
que ce soit par un jour où la campagne en fête
poudroiera. Je désire, ainsi que je fis ici-bas,
choisir un chemin pour aller, comme il me plaira,
au Paradis, où sont en plein jour les étoiles.
Je prendrai mon bâton et sur la grande route
j’irai, et je dirai aux ânes, mes amis :
Je suis Francis Jammes et je vais au Paradis,
car il n’y a pas d’enfer au pays du Bon Dieu.
Je leur dirai : Venez, doux amis du ciel bleu,
pauvres bêtes chéries qui, d’un brusque mouvement d’oreille,
chassez les mouches plates, les coups et les abeilles…

Que je Vous apparaisse au milieu de ces bêtes
que j’aime tant, parce qu’elles baissent la tête
doucement, et s’arrêtent en joignant leurs petits pieds
d’une façon bien douce et qui me fait pitié.
J’arriverai suivi de leurs milliers d’oreilles,
suivi de ceux qui portèrent au flanc des corbeilles,
de ceux traînant des voitures de saltimbanques
ou des voitures de plumeaux et de fer-blanc,
de ceux qui ont au dos des bidons bossués,
des ânesses pleines comme des outres, aux pas cassés,
de ceux à qui l’on met de petits pantalons
à cause des plaies bleues et suintantes que font
les mouches entêtées qui s’y groupent en rond.
Mon Dieu, faites qu’avec ces ânes je Vous vienne.
Faites que, dans la paix, des anges nous conduisent
vers des ruisseaux touffus où tremblent des cerises
lisses comme la chair qui rit des jeunes filles,
et faites que, penché dans ce séjour des âmes,
sur vos divines eaux, je sois pareil aux ânes
qui mireront leur humble et douce pauvreté
à la limpidité de l’amour éternel.

Francis JAMMES (1868-1938), Le Deuil des primevères, Paris, Mercure de France, 1901.

samedi 3 novembre 2012

To Mary

O Mary dear, that you were here
With your brown eyes bright and clear,
And your sweet voice, like a bird
Singing love to its lone mate
In the ivy bower disconsolate ;
Voice the sweetest ever heard !
And your brow more ....
Than the sky
Of this azure Italy.
Mary dear, come to me soon,
I am not well whilst thou art far ;
As sunset to the sheperèd moon,
As twilight to the western star,
Thou, belovèd, art to me.
O Mary dear, that you were here ;
The Castle echo whispers 'Here !'

Percy Bysshe SHELLEY, Posthumous Poems, 1824.

jeudi 1 novembre 2012

La Vierge qui écoute

A l'église de mon village de Brangues il y a la chapelle du château :
C'est là que je vais tous les jours à cinq heures parce qu'il fait trop chaud.
On ne peut pas se promener tout le temps, alors autant aller chez le bon Dieu :
Dehors le soleil à tue-tête s'en donne, et la route à travers la place en hurlant on croirait qu'elle crie : Au feu !
Mais, dedans, la Sainte Vierge devant moi pour moi, elle est aussi fraîche et pure qu'un glacier,
Toute blanche avec son fils dans sa belle robe tout blanc, si longue qu'on ne lui voit que le bout des pieds.
Marie ! alors c'est ce gros imbécile encore une fois qui est là tout débordant d'anxiétés et de désirs !
Ah ! je n'aurai jamais assez de temps pour les choses que j'ai à Vous dire !
Mais elle, les yeux baissés, avec un visage sérieux et tendre,
Regarde les paroles sur ma bouche, comme quelqu'un qui écoute et qui se prépare à comprendre.

Paul CLAUDEL (1868-1955), Brangues, 27 juin1934.

mercredi 31 octobre 2012

To Jane : The recollection (fragment)

We wandered to the Pine Forest
That skirts the Ocean's foam,
The lightest wind was in its nest,
The tempest in its home.
The whispering waves were half asleep,
The clouds were gone to play,
And on the bosom deep
The smile of Heaven lay ;
It seemed as if the hour were one
Sent from beyond the skies,
Which scattered from above the sun
A light of Paradise.

Percy Bysshe SHELLEY (poem written in 1822)

Le Ressouvenir

Nous errions vers la forêt de pins
Que borde l'écume de l'Océan,
Le plus léger vent était dans son nid,
La tempête dans sa demeure.
Les ondes murmurantes étaient mi-endormies,
Les nuages étaient partis jouer,
Et sur le sein de l'abîme,
Le sourire des cieux s'étendait ;
Il semblait comme si l'heure en fût une
Envoyée de par-delà le ciel,
Qui dispersât de plus haut que le soleil
Une lumière de paradis.

(traduction A. Fontainas)

lundi 29 octobre 2012

Faites quelque chose de votre vie

Je vous en supplie
faites quelque chose
apprenez un pas
une danse
quelque chose qui vous justifie
qui vous donne le droit
d'être habillés de votre peau, de votre poil
apprenez à marcher et à rire
parce que ce serait trop bête
à la fin
que tant soient morts
et que vous viviez
sans rien faire de votre vie.

Charlotte DELBO 

samedi 27 octobre 2012

Rédemption

Aujourd'hui meurt le Christ perpétuellement
Aujourd'hui l'Esprit triple connaît la mortelle
Affre de l'agonie sous l'injure et longtemps
Retentissent à terre les boules des larmes

Nos vraies larmes d'impurs, aujourd'hui le ciel noir
Se fend en deux et s'ouvrent d'atroces lumières,
Il reste en croix, le Dieu mort attaquant la mort
Par le poids du sang mort, la vie sur cette terre.

A l'une que je tiens l'autre que je désire
Je dédie le sang mort
A l'une qui me lie l'autre encor qui m'inspire
Deux sexes de mon sort

Je demande pardon de passion errante
La lamentation changée en durs rayons
Je vois le Christ en or au fond des fins vivantes
Elles mourront et je mourrai : rédemption.

Pierre Jean JOUVE (1887-1976)

Winters

 "But what after all is one night ? A short space, especially when the darkness dims so soon, and so soon a bird sings, a cock crows, o...