Mon blog propose à la lecture des poésies et des réflexions de différents auteurs, le plus souvent de langue française, et parfois de langue anglaise ou espagnole.
samedi 14 septembre 2019
vendredi 13 septembre 2019
EXCUSE
Aux arbres il faut un ciel clair,
L’espace, le soleil et l’air,
L’eau dont leur feuillage se mouille.
Il faut le calme en la forêt,
La nuit, le vent tiède et discret
Au rossignol, pour qu’il gazouille.
Il te faut, dans les soirs joyeux,
Le triomphe ; il te faut des yeux
Eblouis de ta beauté fière.
Au chercheur d’idéal il faut
Des âmes lui faisant là-haut
Une sympathique atmosphère.
Mais quand mauvaise est la saison,
L’arbre perd fleurs et frondaison.
Son bois seul reste, noir et grêle.
Et sur cet arbre dépouillé,
L’oiseau, grelotant et mouillé,
Reste muet, tête sous l’aile.
Ainsi ta splendeur, sur le fond
Que les envieuses te font,
Perd son nonchaloir et sa grâce.
Chez les nuls, qui ne voient qu’hier,
Le poète, interdit et fier,
Rêvant l’art de demain, s’efface.
Arbres, oiseaux, femmes, rêveurs
Perdent dans les milieux railleurs
Feuillage, chant, beauté, puissance.
Dans la cohue où tu te plais,
Regarde-moi, regarde-les,
Et tu comprendras mon silence.
Charles CROS (1842-1888)
jeudi 12 septembre 2019
Le petit Lapon
Je n'ai jamais vu de lama,
De tamanoir ni de puma.
Je n’ai pas été à Lima.
Ni à Fez, ni à Panama.
Je ne possède ni trois-mâts,
Ni charrette, ni cinéma.
Je ne suis qu’un petit Lapon
Qui sculpte de petits oursons
Avec un os, dans un glaçon.
Maurice CAREME (Pierres de lune. L’Ecole)
mercredi 11 septembre 2019
Le mauvais soir
La nuit se fait sereine et douce
Et tendre comme mon serment ;
Mes larmes tombent lentement
Sur cette main qui me repousse ;
La nuit se fait douce et sereine…
Une étoile est au fond des cieux ;
Puisses-tu lire dans mes yeux
L’amour que ta froideur refrène ;
La nuit se fait douce et sereine
Et ma voix t’implore tout bas.
Par pitié, ne m’écarte pas
De ton geste orgueilleux de reine.
La nuit se fait sereine et douce,
La lune luit sur le chemin,
Mes larmes tombent sur la main,
La main chère qui me repousse.
Henri de REGNIER
mardi 10 septembre 2019
Il suffit de fort peu de chose ...
Il suffit de fort peu de chose
Au poète, pour être heureux :
Un mot d’amour, de tendres yeux,
Un beau jour, un bouton de rose,
De l’air, un rayon de soleil,
Un éclair qui perce l’orage,
Un doux songe dans le sommeil,
Un oiseau chantant sous l’ombrage,
Et le voilà gai comme un roi !
D’où vient à ses rayons cette ombre ?...
Puisqu’il lui faut si peu, pourquoi
Le poète est-il donc si sombre ?
Henri-Charles READ (1857-1876)
vendredi 6 septembre 2019
Le jardin mouillé
La croisée est ouverte ; il pleut
Comme minutieusement,
A petit bruit et peu à peu,
Sur le jardin frais et dormant.
Feuille à feuille, la pluie éveille
L'arbre poudreux qu'elle verdit ;
Au mur, on dirait que la treille
S'étire d'un geste engourdi.
L'herbe gémit, le gravier tiède
Crépite et l'on croirait là-bas
Entendre sur le sable et l'herbe
Comme d'imperceptibles pas.
Le jardin chuchote et tressaille
Furtif et confidentiel ;
L'averse semble maille à maille
Tisser la terre avec le ciel.
Il pleut et, les yeux clos, j'écoute,
De toute sa pluie à la fois,
Le jardin mouillé qui s'égoutte
Dans l'ombre que j'ai faite en moi.
Henri de REGNIER
Comme minutieusement,
A petit bruit et peu à peu,
Sur le jardin frais et dormant.
Feuille à feuille, la pluie éveille
L'arbre poudreux qu'elle verdit ;
Au mur, on dirait que la treille
S'étire d'un geste engourdi.
L'herbe gémit, le gravier tiède
Crépite et l'on croirait là-bas
Entendre sur le sable et l'herbe
Comme d'imperceptibles pas.
Le jardin chuchote et tressaille
Furtif et confidentiel ;
L'averse semble maille à maille
Tisser la terre avec le ciel.
Il pleut et, les yeux clos, j'écoute,
De toute sa pluie à la fois,
Le jardin mouillé qui s'égoutte
Dans l'ombre que j'ai faite en moi.
Henri de REGNIER
mercredi 4 septembre 2019
Quelques vers de Charles Péguy
Etoile de la mer, voici la lourde nappe
Et la profonde houle et l'océan des blés
Et la mouvante écume et nos greniers comblés,
Voici votre regard sur cette immense chape.
(Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres)
Vous n'avez plus connu les naissantes années
Jaillissant comme un choeur du haut du jeune temps ;
Vous n'avez plus connu vers un jeune printemps
Le chaste enlacement des saisons alternées.
...
Vous n'avez plus connu ce manteau de tendresse
Jeté sur l'âme même et ce manteau d'honneur.
Vous n'avez plus connu cette chaste caresse
Et ce consentement aux règles du bonheur.
(Eve)
Et la profonde houle et l'océan des blés
Et la mouvante écume et nos greniers comblés,
Voici votre regard sur cette immense chape.
(Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres)
Vous n'avez plus connu les naissantes années
Jaillissant comme un choeur du haut du jeune temps ;
Vous n'avez plus connu vers un jeune printemps
Le chaste enlacement des saisons alternées.
...
Vous n'avez plus connu ce manteau de tendresse
Jeté sur l'âme même et ce manteau d'honneur.
Vous n'avez plus connu cette chaste caresse
Et ce consentement aux règles du bonheur.
(Eve)
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