mercredi 16 octobre 2019

Venasque

Les gels en meute vous rassemblent
Hommes plus ardents que buisson ;
Les longs vents d'hiver vous vont pendre.
Le toit de pierre est l'échafaud
d'une église glacée debout.

René CHAR

lundi 14 octobre 2019

Plus loin

Franchis la barrière
clouant le chemin
qui mène au sentier
qui mène au rocher
qui mène au caillou
posé dans la source
qui mène au caillou
d'ombre et de fraîcheur

Franchis la barrière
ouvrant le chemin
et rejoins la pierre
au bout du sentier
rejoins la fontaine
et le caillou blanc
posé dans la source
comme une chanson
gardée sous la langue.

Alain BOUDET

dimanche 13 octobre 2019

Excuse

Aux arbres il faut un ciel clair,
L'espace, le soleil et l'air,
L'eau dont leur feuillage se mouille.
Il faut le calme en la forêt,
La nuit, le vent tiède et discret

Au rossignol, pour qu'il gazouille.

Il te faut, dans les soirs joyeux,
Le triomphe; il te faut des yeux
Eblouis de ta beauté fière.
Au chercheur d'idéal il faut
Des âmes lui faisant là-haut
Une sympathique atmosphère.

Mais quand mauvaise est la saison,
L'arbre perd fleurs et frondaison.
Son bois seul reste, noir et grêle.
Et sur cet arbre dépouillé, 
L'oiseau, grelottant et mouillé,
Reste muet, tête sous l'aile.

Ainsi ta splendeur, sur le fond
Que les envieuses te font,
Perd son nonchaloir et sa grâce.
Chez les nuls, qui ne voient qu'hier,
Le poète, interdit et fier,
Rêvant l'art de demain, s'efface.

Arbres, oiseaux, femmes, rêveurs
Perdent dans les milieux railleurs
Feuillage, chant, beauté, puissance.
Dans la cohue où tu te plais,
Regarde-moi, regarde-les,
Et tu comprendras mon silence.

Charles CROS (1842-1888)

samedi 12 octobre 2019

Chanson du chat qui dort

Chat, chat, chat
Chat noir, chat blanc, chat gris,
Charmant chat couché, 
Chat, chat, chat,

N'entends-tu pas les souris
Danser à trois des entrechats
Sur le plancher ?

Le bourgeois ronfle dans son lit,
De son bonnet de coton coiffé
Et la lune regarde à la vitre :
Dansez souris, dansez jolies,
Dansez vite,
En remuant vos fines queues de fées.

Tristan KLINGSOR

vendredi 11 octobre 2019

SONNET CXVI

Let me not to the marriage of true mInds
Admit impediments. Love is not love
Which alters when it alteration finds,
Or bends with the remover to remove :
O, no ! it is an ever-fixed mark,
That looks on tempest and is never shaken ;
It is the star to every wand'ring bark,
Whose worth's unknown, although his height be taken.
Love's not Time's fool, though rosy lips and cheeks
Within his bending sickle's compass come ;
Love alters not with his brief hours and weeks,
But bears it out even to the edge of doom : -
     If this be error and upon me proved,
     I never writ, nor no man ever loved.

William SHAKESPEARE (1564-1616)






jeudi 10 octobre 2019

Sonnet astronomique

Alors que finissait la journée estivale,
Nous marchions, toi pendue à mon brass, moi rêvant
A ces mondes lointains dont je parle souvent.
Ainsi regardais-tu chaque étoile en rivale.

Au retour, à l'endroit où la côte dévale,
Tes genoux ont fléchi sous le charme énervant
De la soirée et des senteurs qu'avait le vent.
Vénus, dans l'ouest doré, se baignait triomphale.

Puis, las d'amour, levant les yeux languissamment,
Nous avons eu tous deux un long tressaillement
Sous la sérénité du rayon planétaire.

Sans doute, à cet instant, deux amants, dans Vénus,
Arrêtés en des bois aux parfums inconnus,
Ont, entre deux baisers, regardé notre terre.

Charles CROS (1842-1888)

mercredi 9 octobre 2019

Automne

Voilà les feuilles sans sève
Qui tombent sur le gazon ;
Voilà le vent qui s'élève
Et gémit dans le vallon ;
Voilà l'errante hirondelle
Qui rase du bout de l'aile
L'eau dormante des marais ;
Voilà l'enfant des chaumières
Qui glane sur les bruyères
Le bois tombé des forêts.

Alphonse de LAMARTINE

Winters

 "But what after all is one night ? A short space, especially when the darkness dims so soon, and so soon a bird sings, a cock crows, o...