jeudi 31 décembre 2009

La rue comme une blessure ...

Un ciel rose un ciel heureux
Respirant beauté santé
Sur la rue sans avenir
Qui coupe mon coeur en deux
Qui me prive de moi-même

Dans la rue de rien personne.

Paul ELUARD, Le dur désir de durer (1946)

mercredi 30 décembre 2009

Savez-vous écouter les étoiles ?

XIII
"Ora (direis) ouvir estrelas! Certo
Perdeste o senso!" E eu vos direi, no entanto,
Que, para ouvir-las, muita vez desperto
E abro as janelas, pálido de espanto ...

E conversamos toda a noite, enquanto
A via láctea, como um pálio aberto,
Cintila. E, ao vir do sol, saudoso e em pranto,
Inda as procuro pelo céu deserto.

Direis agora: "Tresloucado amigo!
Que conversas com elas? Que sentido
Tem o que dizem, quando estão contigo?"

E eu vos direi: "Amai para entendê-las!
Pois só quem ama pode ter ouvido
Capaz de ouvir e de entender estrelas."

Olavo Bilac

mardi 29 décembre 2009

Cantique des colonnes

Douces colonnes, aux
Chapeaux garnis de jour,
Ornés de vrais oiseaux
Qui marchent sur le tour, ...

Nous chantons à la fois
Que nous portons les cieux !
O seule et sage voix
Qui chantes pour les yeux !

Vois quels hymnes candides !
Quelle sonorité
Nos éléments limpides
Tirent de la clarté !

Si froides et dorées
Nous fûmes de nos lits
Par le ciseau tirées,
Pour devenir ces lys ! ...

Nous marchons dans le temps
Et nos corps éclatants
Ont des pas ineffables
Qui marquent dans les fables.

Paul VALERY, Charmes

lundi 28 décembre 2009

My business ...

... My business is to love. I found a bird, this morning, down - down - on a little bush at the foot of the garden, and wherefore sing, I said, since nobody hears ?
One sob in the throat, one flutter of bosom - "My business is to sing - and away she rose ! How do I know but cherubim, once, themselves, as patient, listened, and applauded her unnoticed hymn ?

Emily DICKINSON, Selected poems and letters (1959)

dimanche 27 décembre 2009

L’invitation au voyage

Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux
Brillant à travers leurs larmes.

Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale (…).

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde :
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde.

Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.

Charles BAUDELAIRE, Les fleurs du Mal (1857).

samedi 26 décembre 2009

Affliction

J'ai rêvé tellement fort de toi,
J'ai tellement marché, tellement parlé,
Tellement aimé ton ombre,
Qu'il ne me reste plus rien de toi.

Il me reste d'être l'ombre parmi les ombres
D'être cent fois plus ombre que l'ombre
D'être l'ombre qui viendra et reviendra dans ta vie ensoleillée.

Robert DESNOS, Poèmes du bagne

vendredi 25 décembre 2009

Joyeux Noël ! Feliz Natal ! Merry Christmas ! Feliz Navidad !

"Que seulement je fasse de ma vie une chose simple et droite: pareille à une flûte de roseau que tu puisses emplir de musique...
Le même fleuve de vie qui court à travers mes veines nuit et jour court à travers le monde et danse en pulsations rythmées.
C'est cette même vie qui pousse à travers la poudre de la terre sa joie en innombrables brins d'herbe, et éclate en fougueuses vagues de feuilles et de fleurs.
C'est cette même vie que balancent flux et reflux dans l'océan berceau de la naissance et de la mort.
Je sens mes membres glorifiés au toucher de cette vie universelle. Et je m'enorgueillis, car le grand battement de la vie des âges, c'est dans mon sang qu'il danse en ce moment."

TAGORE, L'offrande lyrique (Traduction d'André Gide).

Winters

 "But what after all is one night ? A short space, especially when the darkness dims so soon, and so soon a bird sings, a cock crows, o...