Lilia..., neque nent.
Assise, la fileuse au bleu de la croisée
Où le jardin mélodieux se dodeline;
Le rouet ancien qui ronfle l'a grisée.
Lasse, ayant bu l'azur, de filer la câline
Chevelure, à ses doigts si faibles évasive,
Elle songe, et sa tête petite s'incline.
Un arbuste et l'air pur font une source vive
Qui, suspendue au jour, délicieuse arrose
De ses pertes de fleurs le jardin de l'oisive.
Une tige, où le vent vagabond se repose,
Courbe le salut vain de sa grâce étoilée,
Dédiant magnifique, au vieux rouet, sa rose.
Mais la dormeuse file une laine isolée;
Mystérieusement l'ombre frêle se tresse
Au fil de ses doigts longs et qui dorment, filée.
Le songe se dévide avec une paresse
Angélique, et sans cesse, au doux fuseau crédule,
La chevelure ondule au gré de la caresse ...
Derrière tant de fleurs, l'azur se dissimule,
Fileuse de feuillage et de lumière ceinte :
Tout le ciel vert se meurt. Le dernier arbre brûle.
Ta soeur, la grande rose où sourit une sainte,
Parfume ton front vague au vent de son haleine
Innocente, et tu crois languir ... Tu es éteinte
Au bleu de la croisée où tu filais la laine.
Paul VALERY, Album de vers anciens
Mon blog propose à la lecture des poésies et des réflexions de différents auteurs, le plus souvent de langue française, et parfois de langue anglaise ou espagnole.
vendredi 12 mars 2010
mercredi 10 mars 2010
Sonnet
XVII
My love, and not I, is the egoist.
My love for thee loves itself more than thee;
Ay, more than me, in whom it doth exist,
And makes me live that it may feed on me.
In the country of bridges the bridge is
More real than the shores it doth unsever;
So in our world, all of Relation, this
Is true - that truer is Love than either lover.
This thought therefore comes lightly to Doubt's door -
If we, seeing substance of this world, are not
Mere Intervals, God's Absence and no more,
Hollows in real Consciousness and Thought.
And if 'tis possible to Thought to bear this fruit,
Why should it not be possible to Truth ?
Fernando PESSOA, 35 Sonnets in Poemas Ingleses
***
O meu amor, não eu, é egoísta,
Que mais se ama a si do que a ti ;
Ai, mais do que a mim, onde ele existe,
E dá-me vida para o sustentar.
Na pátria das pontes, uma ponte
É mais real que as margens que reúne ;
E, neste mundo de Relação, isto
É vero : ser mais vero amor que amante.
Aceita pois a dúvida sejamos
Nós, do mundo a vidente substância,
Mero Intervalo, Ausência de Deus, nada –
Vazios na real Consciência abertos.
E se tal fruto o Pensamento sofre,
Certamente a Verdade há-de aceitá-lo.
Trad. de Adolfo Casais Monteiro
My love, and not I, is the egoist.
My love for thee loves itself more than thee;
Ay, more than me, in whom it doth exist,
And makes me live that it may feed on me.
In the country of bridges the bridge is
More real than the shores it doth unsever;
So in our world, all of Relation, this
Is true - that truer is Love than either lover.
This thought therefore comes lightly to Doubt's door -
If we, seeing substance of this world, are not
Mere Intervals, God's Absence and no more,
Hollows in real Consciousness and Thought.
And if 'tis possible to Thought to bear this fruit,
Why should it not be possible to Truth ?
Fernando PESSOA, 35 Sonnets in Poemas Ingleses
***
O meu amor, não eu, é egoísta,
Que mais se ama a si do que a ti ;
Ai, mais do que a mim, onde ele existe,
E dá-me vida para o sustentar.
Na pátria das pontes, uma ponte
É mais real que as margens que reúne ;
E, neste mundo de Relação, isto
É vero : ser mais vero amor que amante.
Aceita pois a dúvida sejamos
Nós, do mundo a vidente substância,
Mero Intervalo, Ausência de Deus, nada –
Vazios na real Consciência abertos.
E se tal fruto o Pensamento sofre,
Certamente a Verdade há-de aceitá-lo.
Trad. de Adolfo Casais Monteiro
lundi 8 mars 2010
Lui
44
Ce n'est pas toi qui m'auras foudroyé
Mais un Principe en toi que tu ignores
Et qu'il est digne et juste que j'adore
Lorsque tu crois que je tombe à tes pieds
Je te regarde et déjà je t'oublie
Sans ton image apprendre à méditer
Ce qui procède en toi d'une Beauté
Dont par orgueil tu te refuses la lumière
Parce que ce halo de faiblesse à tes yeux
Nimbe un geste de confiance une tendresse
Que ton esprit ne peut imposer à ce corps
Qui n'a de féminin pour l'homme que la mort.
Pierre EMMANUEL, Duel (1979)
Ce n'est pas toi qui m'auras foudroyé
Mais un Principe en toi que tu ignores
Et qu'il est digne et juste que j'adore
Lorsque tu crois que je tombe à tes pieds
Je te regarde et déjà je t'oublie
Sans ton image apprendre à méditer
Ce qui procède en toi d'une Beauté
Dont par orgueil tu te refuses la lumière
Parce que ce halo de faiblesse à tes yeux
Nimbe un geste de confiance une tendresse
Que ton esprit ne peut imposer à ce corps
Qui n'a de féminin pour l'homme que la mort.
Pierre EMMANUEL, Duel (1979)
dimanche 7 mars 2010
La foi
La foi est croire que Dieu est amour et rien d'autre.
Ce n'est pas encore la bonne expression.
La foi est croire que la réalité est amour et rien d'autre.
Simone WEIL, La connaissance surnaturelle
Ce n'est pas encore la bonne expression.
La foi est croire que la réalité est amour et rien d'autre.
Simone WEIL, La connaissance surnaturelle
vendredi 5 mars 2010
L'amour
L'amour est douleur. Qui ne souffre pas (pour l'autre) n'aime pas (l'autre).
Vassili ROZANOV, Feuilles tombées (1984)
Vassili ROZANOV, Feuilles tombées (1984)
mercredi 3 mars 2010
Un jour de spleen ...
Edge
The woman is perfected
Her dead
Body wears the smile of accomplishment,
The illusion of a Greek necessity
Flows in the scrolls of her toga,
Her bare
Feet seem to be saying:
We have come so far, it is over.
Each dead child coiled, a white serpent,
One at each little
Pitcher of milk, now empty
She has folded
Them back into her body as petals
Of a rose close when the garden
Stiffens and odors bleed
From the sweet, deep throats of the night flower.
The moon has nothing to be sad about,
Staring from her hood of bone.
She is used to this sort of thing.
Her blacks crackle and drag.
Sylvia PLATH (Feb. 5, 1963)
The woman is perfected
Her dead
Body wears the smile of accomplishment,
The illusion of a Greek necessity
Flows in the scrolls of her toga,
Her bare
Feet seem to be saying:
We have come so far, it is over.
Each dead child coiled, a white serpent,
One at each little
Pitcher of milk, now empty
She has folded
Them back into her body as petals
Of a rose close when the garden
Stiffens and odors bleed
From the sweet, deep throats of the night flower.
The moon has nothing to be sad about,
Staring from her hood of bone.
She is used to this sort of thing.
Her blacks crackle and drag.
Sylvia PLATH (Feb. 5, 1963)
lundi 1 mars 2010
Les colchiques (fragment)
Le pré est vénéneux mais joli en automne
Les vaches y paissant
Lentement s'empoisonnent
Le colchique couleur de cerne et de lilas
Y fleurit tes yeux sont comme cette fleur-là
Violâtres comme leur cerne et comme cet automne
Et ma vie pour tes yeux lentement s'empoisonne
Guillaume APOLLINAIRE, Alcools
Les vaches y paissant
Lentement s'empoisonnent
Le colchique couleur de cerne et de lilas
Y fleurit tes yeux sont comme cette fleur-là
Violâtres comme leur cerne et comme cet automne
Et ma vie pour tes yeux lentement s'empoisonne
Guillaume APOLLINAIRE, Alcools
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