Un jour je rencontrerai la Vie en moi, la joie qui se cache dans ma vie, quoique les jours troublent mon sentier de leur inutile poussière.
Je l'ai reconnue par éclairs, et son souffle incertain, en venant jusqu'à moi, a parfumé un instant mes pensées.
Un jour, je la rencontrerai en dehors de moi, la joie qui habite derrière l'écran de lumière - je serai dans la submergeante solitude, où toutes choses sont vues comme par leur créateur.
Rabindranath TAGORE, La corbeille de fruits
Mon blog propose à la lecture des poésies et des réflexions de différents auteurs, le plus souvent de langue française, et parfois de langue anglaise ou espagnole.
jeudi 27 mai 2010
mercredi 26 mai 2010
La rose
Je suis belle car j'ai poussé dans le jardin de mon amant.
Dehors sous la pluie printanière j'ai bu le désir,
dehors sous le soleil j'ai bu le feu -
maintenant je suis ouverte et j'attends.
Edith SODERGRAN, le Pays qui n'est pas, trad. fçse. par Pierre Naert (1954)
Dehors sous la pluie printanière j'ai bu le désir,
dehors sous le soleil j'ai bu le feu -
maintenant je suis ouverte et j'attends.
Edith SODERGRAN, le Pays qui n'est pas, trad. fçse. par Pierre Naert (1954)
mardi 25 mai 2010
Attente
C'est une folle toute nue
Qui se prend pour une statue,
Elle allonge le bras, bizarre,
Ridé, qui se veut de Carrare.
Sa tête et son coeur savent bien
Que les voilà marmoréens,
Et l'on comprend qu'elle est très fière
De se sentir Vénus de pierre.
Elle attend les adorateurs
Qui viendront lui montrer leur coeur;
Et, tournant les yeux vers la porte,
De ses yeux pointus les exhorte
A s'approcher de sa blancheur,
Mais elle est noire à faire peur.
Jules SUPERVIELLE, La Fable du monde
Qui se prend pour une statue,
Elle allonge le bras, bizarre,
Ridé, qui se veut de Carrare.
Sa tête et son coeur savent bien
Que les voilà marmoréens,
Et l'on comprend qu'elle est très fière
De se sentir Vénus de pierre.
Elle attend les adorateurs
Qui viendront lui montrer leur coeur;
Et, tournant les yeux vers la porte,
De ses yeux pointus les exhorte
A s'approcher de sa blancheur,
Mais elle est noire à faire peur.
Jules SUPERVIELLE, La Fable du monde
lundi 24 mai 2010
Love song III
Quand tisonner les mots pour un peu de couleur
ne sera plus ton affaire
quand le rouge du sorbier et la cambrure des filles
ne te feront plus regretter ta jeunesse
quand un nouveau visage tout écorné d'absence
ne fera plus trembler ce que tu croyais solide
quand le froid aura pris congé du froid
et l'oubli dit adieu à l'oubli
quand tout aura revêtu la silencieuse opacité du
houx
ce jour-là
quelqu'un t'attendra au bord du chemin
pour te dire que c'était bien ainsi
que tu devais terminer ton voyage
démuni
tout à fait démuni
Nicolas BOUVIER, Le dehors et le dedans
ne sera plus ton affaire
quand le rouge du sorbier et la cambrure des filles
ne te feront plus regretter ta jeunesse
quand un nouveau visage tout écorné d'absence
ne fera plus trembler ce que tu croyais solide
quand le froid aura pris congé du froid
et l'oubli dit adieu à l'oubli
quand tout aura revêtu la silencieuse opacité du
houx
ce jour-là
quelqu'un t'attendra au bord du chemin
pour te dire que c'était bien ainsi
que tu devais terminer ton voyage
démuni
tout à fait démuni
Nicolas BOUVIER, Le dehors et le dedans
dimanche 23 mai 2010
Esprit Saint
Je Te rends grâce de ce que Toi, Etre divin au-dessus de tous les êtres, Tu Te sois fait un seul esprit avec moi - sans confusion, sans altération - et que Tu devins pour moi tout en tout : la nourriture ineffable, distribuée gratuitement, qui se déverse des lèvres de mon âme, qui coule abondamment de la source de mon coeur; le vêtement resplendissant qui me couvre et me protège et qui consume les démons; la purification qui me lave de toute souillure par ces saintes et perpétuelles larmes que Ta présence accorde à ceux que Tu visites. Je Te rends grâces de T'être révélé à moi, comme le jour sans crépuscule, comme le soleil sans déclin, ô Toi qui n'as pas de lieu où Te cacher; car jamais Tu ne T'es dérobé : jamais Tu n'as dédaigné personne et c'est nous, au contraire, qui nous cachons ne voulant pas aller vers Toi."
Saint SYMEON, Introduction aux hymnes de l'Amour divin
Saint SYMEON, Introduction aux hymnes de l'Amour divin
samedi 22 mai 2010
La Cordillera de los Andes
La première impression est terrible et proche du désespoir.
L'horizon d'abord disparaît.
Les nuages ne sont pas tous plus hauts que nous.
Infiniment et sans accidents, ce sont, où nous sommes,
Les hauts plateaux des Andes qui s'étendent, qui
s'étendent.
Le sol est noir et sans accueil.
Un sol venu du dedans.
Il ne s'intéresse pas aux plantes.
C'est une terre volcanique.
Nu ! et les maisons noires par-dessus,
Lui laissent tout son nu;
Le nu noir du mauvais.
Qui n'aime pas les nuages,
Qu'il ne vienne pas à l'Equateur.
Ce sont les chiens fidèles de la montagne,
Grands chiens fidèles;
Couronnent hautement l'horizon;
L'altitude du lieu est de 3000 mètres, qu'ils disent,
Est dangereuse qu'ils disent, pour le coeur, pour la
respiration, pour l'estomac
Et pour le corps tout entier de l'étranger.
Trapus, brachycéphales, à petits pas,
Lourdement chargés marchent les Indiens dans cette
ville, collée dans un cratère de de nuages.
Où va-t-il, ce pélerinage voûté ?
Il se croise et s'entrecroise et monte; rien de plus :
c'est la vie quotidienne.
Quito et ses montagnes.
Elles tombent sur lui, puis s'étonnent, se retiennent,
calment leurs langues ! c'est chemin; sur ce, on
les pave.
Nous fumons tous ici l'opium de la grande altitude,
voix basse, petits pas, petit souffle.
Peu se disputent les chiens, peu les enfants, peu rient.
Henri MICHAUX, Qui je fus in L'espace du dedans (1927)
L'horizon d'abord disparaît.
Les nuages ne sont pas tous plus hauts que nous.
Infiniment et sans accidents, ce sont, où nous sommes,
Les hauts plateaux des Andes qui s'étendent, qui
s'étendent.
Le sol est noir et sans accueil.
Un sol venu du dedans.
Il ne s'intéresse pas aux plantes.
C'est une terre volcanique.
Nu ! et les maisons noires par-dessus,
Lui laissent tout son nu;
Le nu noir du mauvais.
Qui n'aime pas les nuages,
Qu'il ne vienne pas à l'Equateur.
Ce sont les chiens fidèles de la montagne,
Grands chiens fidèles;
Couronnent hautement l'horizon;
L'altitude du lieu est de 3000 mètres, qu'ils disent,
Est dangereuse qu'ils disent, pour le coeur, pour la
respiration, pour l'estomac
Et pour le corps tout entier de l'étranger.
Trapus, brachycéphales, à petits pas,
Lourdement chargés marchent les Indiens dans cette
ville, collée dans un cratère de de nuages.
Où va-t-il, ce pélerinage voûté ?
Il se croise et s'entrecroise et monte; rien de plus :
c'est la vie quotidienne.
Quito et ses montagnes.
Elles tombent sur lui, puis s'étonnent, se retiennent,
calment leurs langues ! c'est chemin; sur ce, on
les pave.
Nous fumons tous ici l'opium de la grande altitude,
voix basse, petits pas, petit souffle.
Peu se disputent les chiens, peu les enfants, peu rient.
Henri MICHAUX, Qui je fus in L'espace du dedans (1927)
mardi 11 mai 2010
Mutability
I
The flower that smiles to-day
To-morrow dies;
All that we wish to stay
Tempts and then flies.
What is this world's delight ?
Lightning that mocks the night,
Brief even as bright.
II
Virtue, how frail it is !
Friendship how rare !
Love, how it sells poor bliss
For proud despair !
But we, though soon they fall,
Survive their joy, and all
Which ours we call.
III
Whilst skies are blue and bright,
Whilst flowers are gay,
Whilst eyes that change ere night
Make glad the day;
Whilst yet the calm hours creep,
Dream thou - and from thy sleep
Then wake to weep.
Percy Bysshe SHELLEY, Posthumous Poems (1824)
The flower that smiles to-day
To-morrow dies;
All that we wish to stay
Tempts and then flies.
What is this world's delight ?
Lightning that mocks the night,
Brief even as bright.
II
Virtue, how frail it is !
Friendship how rare !
Love, how it sells poor bliss
For proud despair !
But we, though soon they fall,
Survive their joy, and all
Which ours we call.
III
Whilst skies are blue and bright,
Whilst flowers are gay,
Whilst eyes that change ere night
Make glad the day;
Whilst yet the calm hours creep,
Dream thou - and from thy sleep
Then wake to weep.
Percy Bysshe SHELLEY, Posthumous Poems (1824)
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