vendredi 22 mai 2015

La grâce

La grâce comble, mais elle ne peut entrer que là où il y a un vide pour la recevoir, et c'est elle qui fait ce vide.

Simone WEIL, La pesanteur et la grâce (1948)

dimanche 17 mai 2015

Amour imaginaire

L'amour a besoin de réalité. Aimer à travers une apparence corporelle un être imaginaire, quoi de plus atroce, le jour où l'on s'en aperçoit ? Bien plus atroce que la mort, car la mort n'empêche pas l'aimé d'avoir été.
C'est la punition du crime d'avoir nourri l'amour avec de l'imagination.

Simone WEIL, La pesanteur et la grâce (1948)

jeudi 7 mai 2015

César

César, calme César, le pied sur toute chose,
Les poings durs dans la barbe, et l’oeil sombre peuplé
D’aigles et des combats du couchant contemplé,
Ton coeur s’enfle, et se sent toute-puissante Cause.

Le lac en vain palpite et lèche son lit rose ;
En vain d’or précieux brille le jeune blé ;
Tu durcis dans les noeuds de ton corps rassemblé
L’ordre, qui doit enfin fendre ta bouche close.

L’ample monde, au delà de l’immense horizon,
L’Empire attend l’éclair, le décret, le tison
Qui changeront le soir en furieuse aurore.

Heureux là-bas sur l’onde, et bercé du hasard,
Un pêcheur indolent qui flotte et chante, ignore
Quelle foudre s’amasse au centre de César. 
 
 Paul VALERY, Album de vers anciens (1926)
 
 
 
 
 

vendredi 1 mai 2015

Avestruz

Melancolia, saca tu dulce pico ya ;
no cebes tus ayunos en mis trigos de luz.
Melancolia, basta ! Cual beben tus punales
la sangre que extrajera mi sanguijuela azul !

No acabes el mana de mujer que ha bajado ;
yo quiero que de el nazca manana alguna cruz,,
manana que no tenga yo a quien volver los ojos,
cuando abra su gran O de burla el ataud.

Mi corazon es tiesto regado de amargura ;
hay otros viejos pajaros que pastan dentro de el ...
Melancolia, deja de secarme la vida,
y desnuda tu labio de mujer ... !

Cesar VALLEJO, Los heraldos negros (1919)

jeudi 16 avril 2015

IDILIO MUERTO

Qué estará haciendo esta hora mi andina y dulce Rita
de junco y capulí;
ahora que me asfixia Bizancio, y que dormita
la sangre, como flojo cognac, dentro de mí.

Dónde estarán sus manos que en actitud contrita
planchaban en las tardes blancuras por venir;
ahora, en esta lluvia que me quitta
las ganas de vivir.

Qué será de su falda de franela; de sus
afanes; de su andar;
de su sabor a cañas de mayo del lugar.

Ha de estarse a la puerta mirando algún celaje,
y al fin dirá temblando: «Qué frío hay... Jesús!»
y llorará en las tejas un pájaro salvaje.

César VALLEJO, Los heraldos negros (Quarta edicion, Lima, 1988)

jeudi 2 avril 2015

Jeudi Saint

The Voice of God is heard in Paradise :

"What was vile has become precious. What is now precious was never vile. I have always known the vile as precious: for what is vile I know not at all.
What was cruel has become merciful. What is now merciful was never cruel. I have always overshadowed Jonas with My mercy, and cruelty I know not at all. Have you had sight of Me, Jonas My child? Mercy within mercy within mercy. I have forgiven the universe without end, because I have never known sin.
What was poor has become infinite. What is infinite was never poor. I have always known poverty as infinite: riches I love not at all. Prisons within prisons within prisons. Do not lay up for yourselves ecstasies upon earth, where time and space corrupt, where the minutes break in and steal. No more lay hold on time, Jonas, My son, lest the rivers bear you away.
What was fragile has become powerful. I loved what was most frail. I looked upon what was nothing. I touched what was without substance, and within what was not, I am."

Thomas MERTON, The Sign of Jonas (1953)

lundi 16 février 2015

Veni Creator Spiritus

Quand toutes les "orientations" manquent leur but naît dans les ténèbres, au-dessus de l'abîme, la grande, l'unique, la vraie direction donnée à l'homme celle qui le mène à l'Esprit créateur, à l'ouragan divin qui étend ses ailes à la face des eaux - et dont nous ne savons pas d'où il vient et où il va.
Là est la vraie autonomie de l'homme, là est le fruit de la liberté, d'une liberté qui n'est plus trahison, mais responsabilité.
L'homme, la créature qui forme et transforme le créé, ne peut pas créer. Mais il peut, chacun peut s'ouvrir, peut ouvrir autrui au principe de création. Et il peut invoquer le Créateur, afin qu'il sauve son Image et la parachève.

Martin BUBER, La vie en dialogue (1925)

Winters

 "But what after all is one night ? A short space, especially when the darkness dims so soon, and so soon a bird sings, a cock crows, o...