jeudi 19 décembre 2019

Mon chat Ulysse

Mon chat Ulysse
A la jaunisse.

Il ne dort plus.
Il a si mal
Qu'il ne joue plus
Avec sa balle.

Mon chat Ulysse
A la jaunisse.

Sous le bahut
Où il se cache,
On ne voit plus
Que ses moustaches.

Mon chat Ulysse
A la jaunisse.

Ce sans-souci
A pris peur
D'une souris
A moteur.

Pierre CORAN

samedi 9 novembre 2019

Music, when Soft Voices die

Music, when soft voices die,
Vibrates in the memory ;
Odours, when  sweet violets sicken,
Live within the sense they quicken.

Rose leaves, when the rose is dead,
Are heap'd for the belovèd's bed ;
And so thy thoughts, when thou art gone,
Love itself shall slumber on.

Percy Bysshe SHELLEY

jeudi 7 novembre 2019

PROPHETIE

Un jour la Terre ne sera 
Qu'un aveugle espace qui tourne
Confondant la nuit et le jour.
Sous le ciel immense des Andes
Elle n'aura plus de montagnes.
Même pas un petit ravin.

De toutes les maisons du monde
Ne durera plus qu'un balcon
Et de l'humaine mappemonde
Une tristesse sans plafond.

De feu l'Océan Atlantique
Un petit goût salé dans l'air,
Un poisson volant et magique
Qui ne saura rien de la mer.

D'un coupé de mil-neuf-cent-cinq
(Les quatre roues et nul chemin !)
Trois jeunes filles de l'époque
Restées à l'état de vapeur
Regarderont par la portière
Pensant que Paris n'est pas loin
Et ne sentiront que l'odeur
Du ciel qui vous prend à la gorge.

A la place de la forêt
Un chant d'oiseau s'élèvera 
Que nul ne pourra situer,
Ni préférer, ni même entendre,
Sauf Dieu qui, lui, l'écoutera
Disant : "C'est un chardonneret."

Jules SUPERVIELLE

samedi 2 novembre 2019

When I have Fears that I may cease to be

When I have fears that I may cease to be
Before my pen has glean'd my teeming brain,
Before  high-piled books, in charact'ry,
Hold like full garners the full-ripen'd grain ;
When I behold, upon the night's starr'd face,
Huge cloudy symbols of a high romance,
And feel that I may never live to trace
Their shadows, with the magic hand of chance ;
And when I feel, fair creature of an hour !
That I shall never look upon thee more,
Never have relish in the faery power
Of unreflecting love ; - then on the shore
     Of the wide world I stand alone, and think,
     Till Love and Fame to nothingness do sink.

John KEATS (1795-1821)

mardi 22 octobre 2019

Si vous parliez, Seigneur ...

Si vous parliez, Seigneur, je vous entendrais bien,
Car toute humaine voix pour mon âme s'est tue,
     Je reste seule auprès de ma force abattue,
     J'ai quitté tout appui, j'ai rompu tout lien.

     Mon coeur méditatif et qui boit la lumière
   Vous aurait absorbé, si, transgressant les lois,
Comme le vent des nuits qui pénètre les pierres
   Votre verbe enflammé fût descendu sur moi !

Nul ne vous souhaitait avec tant d'indigence :
     Je vous aurais fêté au son du tympanon
Si j'avais, dans mon triste et studieux silence,
     Entendu votre voix et connu votre nom.

   Mais jamais rien à moi ne vous a révélé,
Seigneur ! ni le ciel lourd comme une eau suspendue,
     Ni l'exaltation de l'été sur les blés,
Ni le temple ionien sur la montagne ardue ;

     Ni les cloches qui sont un encens cadencé,
Ni le courage humain, toujours sans récompense,
   Ni les morts, dont l'hostile et pénétrant silence
     Semble un renoncement invincible et lassé ;

Ni ces nuits où l'esprit retient comme une preuve
     Son aspiration au bien universel ;
   Ni la lune qui rêve, et voit passer le fleuve
   Des baisers fugitifs sous les cieux éternels.

   Hélas ! ni les matins de ma brûlante enfance,
Où, dans les prés gonflés d'un nuage d'odeur,
   Je sentais, tant l'extase en moi jetait sa lance,
Un ange dans les cieux qui m'arrachait le coeur !

Anna de NOAILLES (1876-1933)
 

 


vendredi 18 octobre 2019

To Autumn

Season of mists and mellow fruitfulness,
Close bosom-friend of the maturing sun ;
Conspiring with him how to load and bless
With fruit the vines that round the thatch-eaves run ;
To bend with apples the moss'd cottage-tree,
And fill all fruit with ripeness to the core ;
To swell the gourd, and plump the hazel shells
With a sweet kernel ; to set budding more,
And still more, later flowers for the bees,
Until they think warm days will never cease,
For Summer has o'er-brimm'd their clammy cells.

John KEATS (1795-1821)

jeudi 17 octobre 2019

Plainte

Vrai sauvage égaré dans la ville de pierre,
A la clarté du gaz je végète et je meurs.
Mais vous vous y plaisez, et vos regards charmeurs
M'attirent à la mort, parisienne fière.

Je rêve de passer ma vie en quelque coin
Sous les bois verts ou sur les monts aromatiques,
En Orient, ou bien près du pôle, très loin,
Loin des journaux, de la cohue et des boutiques.

Mais vous aimez la foule et les éclats de voix,
Le bal de l'Opéra, le gaz et la réclame.
Moi, j'oublie, à vous voir, les rochers et les bois,
Je me tue à vouloir me civiliser l'âme.

Je m'ennuie à vous le dire si souvent :
Je mourrai, papillon brûlé, si cela dure...
Vous feriez bien pourtant, vos cheveux noirs au vent,
En clair peignoir ruché, sur un fond de verdure.

Charles CROS

Winters

 "But what after all is one night ? A short space, especially when the darkness dims so soon, and so soon a bird sings, a cock crows, o...