Mes yeux ont contemplé des objets plus funèbres
Que Juliette morte au fond de son tombeau,
Plus affreux que le toast à l'ange des ténèbres
Porté par Roméo.
J'ai vu ma seule amie, à jamais la plus chère,
Devenue elle-même un sépulcre blanchi,
Une tombe vivante où flottait la poussière
De notre mort chéri,
De notre pauvre amour, que, dans la nuit profonde,
Nous avions sur nos coeurs si doucement bercé !
C'était plus qu'une vie, hélas ! c'était un monde
Qui s'était effacé !
Oui, jeune et belle encor, plus belle, osait-on dire,
Je l'ai vue, et ses yeux brillaient comme autrefois.
Ses lèvres s'entrouvraient, et c'était un sourire,
Et c'était une voix;
Mais non plus cette voix, non plus ce doux langage,
Ces regards adorés dans les miens confondus;
Mon coeur, encor plein d'elle, errait sur son visage,
Et ne la trouvait plus.
Et pourtant j'aurais pu marcher alors vers elle,
Entourer de mes bras ce sein vide et glacé,
Et j'aurais pu crier : "Qu'as-tu fait, infidèle,
Qu'as-tu fait du passé ?"
Alfred de MUSSET, Souvenir (1841)
Mon blog propose à la lecture des poésies et des réflexions de différents auteurs, le plus souvent de langue française, et parfois de langue anglaise ou espagnole.
samedi 31 octobre 2009
vendredi 30 octobre 2009
Air vif
J'ai regardé devant moi
Dans la foule je t'ai vue
Parmi les blés je t'ai vue
Sous un arbre je t'ai vue
Au bout de tous mes voyages
Au fond de tous mes tourments
Au tournant de tous les rires
Sortant de l'eau et du feu
L'été l'hiver je t'ai vue
Dans ma maison je t'ai vue
Entre mes bras je t'ai vue
Dans mes rêves je t'ai vue
Je ne te quitterai plus.
Paul ELUARD, Le Phénix (1951)
Dans la foule je t'ai vue
Parmi les blés je t'ai vue
Sous un arbre je t'ai vue
Au bout de tous mes voyages
Au fond de tous mes tourments
Au tournant de tous les rires
Sortant de l'eau et du feu
L'été l'hiver je t'ai vue
Dans ma maison je t'ai vue
Entre mes bras je t'ai vue
Dans mes rêves je t'ai vue
Je ne te quitterai plus.
Paul ELUARD, Le Phénix (1951)
jeudi 29 octobre 2009
La lune
Avec ses caprices, la Lune
Est comme une frivole amante;
Elle sourit et se lamente,
Elle fuit et vous importune.
La nuit, suivez-la sur la dune,
Elle vous raille et vous tourmente;
Avec ses caprices, la Lune
Est comme une frivole amante.
Et souvent elle se met une
Nuée en manière de mante;
Elle est absurde, elle est charmante;
Il faut adorer sans rancune,
Avec ses caprices, la Lune.
Théodore de BANVILLE, Rondets (1875)
Est comme une frivole amante;
Elle sourit et se lamente,
Elle fuit et vous importune.
La nuit, suivez-la sur la dune,
Elle vous raille et vous tourmente;
Avec ses caprices, la Lune
Est comme une frivole amante.
Et souvent elle se met une
Nuée en manière de mante;
Elle est absurde, elle est charmante;
Il faut adorer sans rancune,
Avec ses caprices, la Lune.
Théodore de BANVILLE, Rondets (1875)
mercredi 28 octobre 2009
October
O hushed October morning mild,
Thy leaves have ripened to the fall;
Tomorrow's wind, if it be wild,
Should waste them all.
The crows above the forest call;
Tomorrow they may form and go.
O hushed October morning mild,
Begin the hours of this day slow.
Make the day seem to us less brief.
Hearts not averse to being beguiled,
Beguile us in the way you know.
Release one leaf at break of day;
At noon release another leaf;
One from our trees, one far away.
Retard the sun with gentle mist;
Enchant the land with amethyst.
Slow, slow !
For the grapes'sake, if they were all,
Whose leaves already are burnt with frost,
Whose clustered fruit must else be lost -
For the grapes'sake along the wall.
Robert FROST, A Boy's Will
Thy leaves have ripened to the fall;
Tomorrow's wind, if it be wild,
Should waste them all.
The crows above the forest call;
Tomorrow they may form and go.
O hushed October morning mild,
Begin the hours of this day slow.
Make the day seem to us less brief.
Hearts not averse to being beguiled,
Beguile us in the way you know.
Release one leaf at break of day;
At noon release another leaf;
One from our trees, one far away.
Retard the sun with gentle mist;
Enchant the land with amethyst.
Slow, slow !
For the grapes'sake, if they were all,
Whose leaves already are burnt with frost,
Whose clustered fruit must else be lost -
For the grapes'sake along the wall.
Robert FROST, A Boy's Will
mardi 27 octobre 2009
Co-naître ?
- Pensez-vous qu'on puisse connaître - connaître - un être vivant ? (...)
- Je crois...que le recours à l'esprit tente de compenser ceci : la connaissance d'un être est un sentiment négatif : le sentiment positif, la réalité, c'est l'angoisse d'être toujours étranger à ce qu'on aime.
- Aime-t-on jamais ?
- Le temps fait disparaître parfois cette angoisse, le temps seul. On ne connaît jamais un être, mais on cesse parfois de sentir qu'on l'ignore...Connaître par l'intelligence, c'est la tentation vaine de se passer du temps...
André MALRAUX, La condition humaine
- Je crois...que le recours à l'esprit tente de compenser ceci : la connaissance d'un être est un sentiment négatif : le sentiment positif, la réalité, c'est l'angoisse d'être toujours étranger à ce qu'on aime.
- Aime-t-on jamais ?
- Le temps fait disparaître parfois cette angoisse, le temps seul. On ne connaît jamais un être, mais on cesse parfois de sentir qu'on l'ignore...Connaître par l'intelligence, c'est la tentation vaine de se passer du temps...
André MALRAUX, La condition humaine
lundi 26 octobre 2009
La sagesse du Tao
Les paroles vraies ne sont pas belles
Les belles paroles ne sont pas vraies
La bonté n'est pas éloquence
L'éloquence n'est pas bonté
La sagesse n'est pas science
La science n'est pas sagesse
Le Sage se garde d'amasser
Plus il vit pour les autres et plus il s'enrichit
Plus il dispense aux autres et plus il est comblé
La Voie du Ciel : gratifier sans nuire
La Voie du Sage : oeuvrer sans batailler.
LAO-TSEU, La Voie et sa vertu (Tao-tê-king)
Les belles paroles ne sont pas vraies
La bonté n'est pas éloquence
L'éloquence n'est pas bonté
La sagesse n'est pas science
La science n'est pas sagesse
Le Sage se garde d'amasser
Plus il vit pour les autres et plus il s'enrichit
Plus il dispense aux autres et plus il est comblé
La Voie du Ciel : gratifier sans nuire
La Voie du Sage : oeuvrer sans batailler.
LAO-TSEU, La Voie et sa vertu (Tao-tê-king)
dimanche 25 octobre 2009
Rythmes errants
Ne pleure pas
les rythmes
qui, apparemment, se perdent :
rythme des vents,
des eaux,
du frémissement des arbres,
du chant des oiseaux,
du mouvement des astres,
du pas des hommes...
Il y a toujours un musicien
ou un poète,
ou un saint,
ou un fou,
chargé par Dieu
de capter
les rythmes errants qui risquent de se perdre.
Dom Helder Camara, Mille raisons pour vivre (28 juilet 1971)
les rythmes
qui, apparemment, se perdent :
rythme des vents,
des eaux,
du frémissement des arbres,
du chant des oiseaux,
du mouvement des astres,
du pas des hommes...
Il y a toujours un musicien
ou un poète,
ou un saint,
ou un fou,
chargé par Dieu
de capter
les rythmes errants qui risquent de se perdre.
Dom Helder Camara, Mille raisons pour vivre (28 juilet 1971)
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