"Lord, keep all our memories green," and help on our affection, and tie the "link that doth us bind" in a tight bow-knot that will keep it from separation, and stop us from growing old; if that is impossible, make old age pleasant to us, put its arms around us kindly, and when we go home, let that home be called Heaven.
Emily E. DICKINSON, Selected poems and letters
Mon blog propose à la lecture des poésies et des réflexions de différents auteurs, le plus souvent de langue française, et parfois de langue anglaise ou espagnole.
dimanche 31 janvier 2010
samedi 30 janvier 2010
Pour vivre à deux
Enquanto não superarmos
a ânsia do amor sem limites,
não podemos crescer
emocionalmente.
Enquanto não atravessarmos
a dor de nossa própria solidão,
continuaremos a nos buscar em outras metades.
Para viver a dois, antes, é
necessário ser um.
Fernando PESSOA
a ânsia do amor sem limites,
não podemos crescer
emocionalmente.
Enquanto não atravessarmos
a dor de nossa própria solidão,
continuaremos a nos buscar em outras metades.
Para viver a dois, antes, é
necessário ser um.
Fernando PESSOA
vendredi 29 janvier 2010
Ecoute ...
Ecoute, apprendras-tu à m'écouter de loin,
Il s'agit de pencher le coeur plus que l'oreille,
Tu trouveras en toi des ponts et des chemins
Pour venir jusqu'à moi qui regarde et qui veille.
Qu'importe en sa longueur l'Océan Atlantique ?
Les champs, les bois, les monts qui sont entre nous deux ?
L'un après l'autre un jour il faudra qu'ils abdiquent
Lorsque de ce côté tu tourneras les yeux.
Jules SUPERVIELLE
Il s'agit de pencher le coeur plus que l'oreille,
Tu trouveras en toi des ponts et des chemins
Pour venir jusqu'à moi qui regarde et qui veille.
Qu'importe en sa longueur l'Océan Atlantique ?
Les champs, les bois, les monts qui sont entre nous deux ?
L'un après l'autre un jour il faudra qu'ils abdiquent
Lorsque de ce côté tu tourneras les yeux.
Jules SUPERVIELLE
jeudi 28 janvier 2010
L'âme en fleur
Mes vers fuiraient, doux et frêles,
Vers votre jardin si beau,
Si mes vers avaient des ailes,
Des ailes comme l'oiseau.
Ils voleraient, étincelles,
Vers votre foyer qui rit,
Si mes vers avaient des ailes,
Des ailes comme l'esprit.
Près de vous, purs et fidèles,
Ils accourraient nuit et jour,
Si mes vers avaient des ailes,
Des ailes comme l'amour.
Victor HUGO, Les contemplations
Vers votre jardin si beau,
Si mes vers avaient des ailes,
Des ailes comme l'oiseau.
Ils voleraient, étincelles,
Vers votre foyer qui rit,
Si mes vers avaient des ailes,
Des ailes comme l'esprit.
Près de vous, purs et fidèles,
Ils accourraient nuit et jour,
Si mes vers avaient des ailes,
Des ailes comme l'amour.
Victor HUGO, Les contemplations
mercredi 27 janvier 2010
L'amour ressemble à la soif
L'amour ressemble à la soif. Il est assoiffement de l'âme corporelle (c'est-à-dire de l'âme manifestation du corps). L'amour tend toujours vers ce qui "me manque" à moi qui suis assoiffé.
L'amour est langueur ; il fait languir ; et tue lorsqu'il n'est pas satisfait.
C'est pourquoi l'amour en se rassasiant régénère toujours. L'amour est renaissance.
L'amour dévore, engloutit. L'amour est toujours un échange corps-âme. Aussi s'éteint-il lorsqu'il n'y a plus rien à échanger. Et il s'éteint toujours pour une seule raison : l'épuisement du matériel de rechange, l'arrêt de l'échange, la satiété mutuelle, la ressemblance-identification de ceux qui pendant un temps se sont aimés tout en étant différents.
Comme dans un engrenage lorsque les dents (la différence) s'émoussent, s'usent, et cessent de s'encastrer les unes dans les autres. "L'arbre s'arrête et avec lui le "fonctionnement" : la machine en tant qu'harmonie et ordonnance des "contraires" a disparu.
Cet amour-là, mort naturellement, ne renaît jamais...
D'où, avant qu'il ne s'éteigne (complètement), ces brusques trahisons, ultime espoir de l'amour : rien ne sépare tant (ou ne différencie) les amants que la trahison de l'un d'entre eux. La dernière dent encore intacte s'aggripe à son contraire. Le mouvement redevient possible, pour un temps. La trahison est en quelque sorte une "remise en marche" de l'amour, un replâtrage opéré sur de l'ancien, de l'usé. Très souvent même un amour "fêlé" brûle à nouveau d'une flamme ardente et redonne à la vie des allures de bonheur. Alors que sans "trahison" les amants ou la famille finiraient par sombrer dans l'indifférence, dans le détachement, dans la ruine, et disparaîtraient irrémédiablement.
Vassili ROZANOV, Feuilles tombées (1984)
L'amour est langueur ; il fait languir ; et tue lorsqu'il n'est pas satisfait.
C'est pourquoi l'amour en se rassasiant régénère toujours. L'amour est renaissance.
L'amour dévore, engloutit. L'amour est toujours un échange corps-âme. Aussi s'éteint-il lorsqu'il n'y a plus rien à échanger. Et il s'éteint toujours pour une seule raison : l'épuisement du matériel de rechange, l'arrêt de l'échange, la satiété mutuelle, la ressemblance-identification de ceux qui pendant un temps se sont aimés tout en étant différents.
Comme dans un engrenage lorsque les dents (la différence) s'émoussent, s'usent, et cessent de s'encastrer les unes dans les autres. "L'arbre s'arrête et avec lui le "fonctionnement" : la machine en tant qu'harmonie et ordonnance des "contraires" a disparu.
Cet amour-là, mort naturellement, ne renaît jamais...
D'où, avant qu'il ne s'éteigne (complètement), ces brusques trahisons, ultime espoir de l'amour : rien ne sépare tant (ou ne différencie) les amants que la trahison de l'un d'entre eux. La dernière dent encore intacte s'aggripe à son contraire. Le mouvement redevient possible, pour un temps. La trahison est en quelque sorte une "remise en marche" de l'amour, un replâtrage opéré sur de l'ancien, de l'usé. Très souvent même un amour "fêlé" brûle à nouveau d'une flamme ardente et redonne à la vie des allures de bonheur. Alors que sans "trahison" les amants ou la famille finiraient par sombrer dans l'indifférence, dans le détachement, dans la ruine, et disparaîtraient irrémédiablement.
Vassili ROZANOV, Feuilles tombées (1984)
mardi 26 janvier 2010
Impromptu
En réponse à cette question : qu'est-ce que la poésie ?
Chasser tout souvenir et fixer la pensée,
Sur un bel axe d'or la tenir balancée,
Incertaine, inquiète, immobile pourtant;
Eterniser peut-être un rêve d'un instant;
Aimer le vrai, le beau, chercher leur harmonie;
Ecouter dans son coeur l'écho de son génie;
Chanter, rire, pleurer, seul, sans but, au hasard;
D'un sourire, d'un mot, d'un soupir, d'un regard
Faire un travail exquis, plein de crainte et de charme,
Faire une perle d'une larme :
Du poète ici-bas voilà la passion,
Voilà son bien, sa vie et son ambition.
Alfred de MUSSET, Poésies nouvelles (1839)
Chasser tout souvenir et fixer la pensée,
Sur un bel axe d'or la tenir balancée,
Incertaine, inquiète, immobile pourtant;
Eterniser peut-être un rêve d'un instant;
Aimer le vrai, le beau, chercher leur harmonie;
Ecouter dans son coeur l'écho de son génie;
Chanter, rire, pleurer, seul, sans but, au hasard;
D'un sourire, d'un mot, d'un soupir, d'un regard
Faire un travail exquis, plein de crainte et de charme,
Faire une perle d'une larme :
Du poète ici-bas voilà la passion,
Voilà son bien, sa vie et son ambition.
Alfred de MUSSET, Poésies nouvelles (1839)
lundi 25 janvier 2010
Vieille chanson du jeune temps
Je ne songeais pas à Rose;
Rose au bois vint avec moi;
Nous parlions de quelque chose,
Mais je ne sais plus de quoi.
J'étais froid comme les marbres;
Je marchais à pas distraits;
Je parlais des fleurs, des arbres;
Son oeil semblait dire : "Après ?"
La rosée offrait ses perles,
Le taillis ses parasols;
J'allais; j'écoutais les merles,
Et Rose les rossignols.
Moi, seize ans, et l'air morose.
Elle vingt; ses yeux brillaient.
Les rossignols chantaient Rose
Et les merles me sifflaient.
Rose, droite sur ses hanches,
Leva son beau bras tremblant
Pour prendre une mûre aux branches;
Je ne vis pas son bras blanc.
Une eau courait, fraîche et creuse,
Sur les mousses de velours;
Et la nature amoureuse
Dormait dans les grands bois sourds.
Rose défit sa chaussure,
Et mit, d'un air ingénu,
Son petit pied dans l'eau pure;
Je ne vis pas son pied nu.
Je ne savais que lui dire;
Je la suivais dans le bois,
La voyant parfois sourire
Et soupirer quelquefois.
Je ne vis qu'elle était belle
Qu'en sortant des grands bois sourds.
"Soit; n'y pensons plus!" dit-elle.
Depuis, j'y pense toujours.
Victor HUGO, Les contemplations, juin 1831
Rose au bois vint avec moi;
Nous parlions de quelque chose,
Mais je ne sais plus de quoi.
J'étais froid comme les marbres;
Je marchais à pas distraits;
Je parlais des fleurs, des arbres;
Son oeil semblait dire : "Après ?"
La rosée offrait ses perles,
Le taillis ses parasols;
J'allais; j'écoutais les merles,
Et Rose les rossignols.
Moi, seize ans, et l'air morose.
Elle vingt; ses yeux brillaient.
Les rossignols chantaient Rose
Et les merles me sifflaient.
Rose, droite sur ses hanches,
Leva son beau bras tremblant
Pour prendre une mûre aux branches;
Je ne vis pas son bras blanc.
Une eau courait, fraîche et creuse,
Sur les mousses de velours;
Et la nature amoureuse
Dormait dans les grands bois sourds.
Rose défit sa chaussure,
Et mit, d'un air ingénu,
Son petit pied dans l'eau pure;
Je ne vis pas son pied nu.
Je ne savais que lui dire;
Je la suivais dans le bois,
La voyant parfois sourire
Et soupirer quelquefois.
Je ne vis qu'elle était belle
Qu'en sortant des grands bois sourds.
"Soit; n'y pensons plus!" dit-elle.
Depuis, j'y pense toujours.
Victor HUGO, Les contemplations, juin 1831
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