Ne pas pouvoir se retourner
Quand le jour est derrière soi.
Qu'une nuit de mauvaise foi
Hante notre face damnée,
Quand le visage d'Eurydice
Forme une aurore de délice
Et nous illumine le dos
Mais laisse nos yeux sans échos
Et sans regard pour la merveille
Qui derrière nous appareille.
Il suffirait d'un mouvement
Pour que s'approche un autre monde
Pour que les ténèbres répondent
A notre coeur interrogeant.
Mais tu ne peux pas faire un geste,
Mille fers crochus t'en empêchent,
Ni même lever une main
Qui éclairerait ton chemin.
(...)
L'oubli me pousse et me contourne
Avec ses pattes de velours,
Il est poussé par le silence
Et l'un de l'autre ils font le tour,
Doucereux étouffeurs d'amour.
On sait toujours à quoi ils pensent
Et c'est aux dépens de nos jours,
Eux qui confondent leurs contours
Et l'un l'autre se recommencent
Pour mieux effilocher nos jours
Jusqu'à l'ultime transparence,
Tout en faisant le coeur plus lourd
Pour presque empêcher son avance.
Voilà, voilà qu'ils l'ont glacé !
C'est leur façon de terrasser.
Oh ! que je tâte cette pierre
Qu'éclaire l'étoile polaire !
Jules SUPERVIELLE, Oublieuse mémoire (1948)
Mon blog propose à la lecture des poésies et des réflexions de différents auteurs, le plus souvent de langue française, et parfois de langue anglaise ou espagnole.
jeudi 28 juillet 2011
samedi 16 juillet 2011
Les beautés offertes
"Il faut sauver les beautés offertes et nous serons sauvés avec elles. Pour cela, il nous faut, à l'instar des artistes, nous mettre dans une posture d'accueil, ou alors, à l'instar des saints, dans une posture de prière, ménager constamment en nous un espace vide fait d'attente attentive, une ouverture faite d'empathie d'où nous serons en état de ne plus négliger, de ne plus gaspiller, mais de repérer ce qui advient d'inattendu et d'inespéré."
François CHENG, Oeil ouvert et coeur battant
François CHENG, Oeil ouvert et coeur battant
jeudi 30 juin 2011
Amour mutuel
"Je disais que l'amour vrai, c'est discerner dans l'autre - pour l'avoir reconnu tout d'abord en soi-même - le vrai moi, sujet de l'amour, et l'aider à prendre conscience de ce qu'il est ou peut devenir. N'est-ce pas l'aider à réfléchir la lumière de l'amour créateur ? Non, ce serait-là trop dire, et pas assez. Aimer, c'est aider l'autre à se situer de telle manière que la lumière se voie en lui, mais qu'en même temps le vrai moi de l'amant s'y découvre, autrement éclairé, et par là subtilement changé, un peu plus lui-même qu'avant : amour mutuel."
Denis de ROUGEMONT, Comme toi-même
Denis de ROUGEMONT, Comme toi-même
mardi 28 juin 2011
Hymne à la joie
O Homme, prends garde !
Que dit Minuit profond ?
J'ai dormi, j'ai dormi -
Du fond d'un songe je m'éveille :
Profond est le monde
Et plus profond que le jour ne l'a cru.
Profonde est sa douleur -
Mais la joie plus profonde encore que la peine
La douleur dit : Passe et finis !
Mais toute joie veut l'éternité,
Veut la profonde, profonde éternité !
Friedrich NIETZSCHE, Ainsi parlait Zarathoustra
Que dit Minuit profond ?
J'ai dormi, j'ai dormi -
Du fond d'un songe je m'éveille :
Profond est le monde
Et plus profond que le jour ne l'a cru.
Profonde est sa douleur -
Mais la joie plus profonde encore que la peine
La douleur dit : Passe et finis !
Mais toute joie veut l'éternité,
Veut la profonde, profonde éternité !
Friedrich NIETZSCHE, Ainsi parlait Zarathoustra
samedi 25 juin 2011
Le fil d'Ariane
Grandes formes simples et ordonnatrices, symboles actifs et véhicules des puissances animiques d'Eros, les mythes peuvent nous servir de guides dans la Comédie infernale, purgative ou sublime de nos désirs, de nos passions, de notre amour. Quand nous ignorons leur nature, ils nous gouvernent sans pitié et nous égarent. Mais les identifier, connaître leur langage et les tours et détours dont ils sont coutumiers peut nous permettre de trouver le fil rouge des trames où nous sommes engagés, et de nous orienter dans la forêt obscure de nos phantasmes, vers l'issue de lumière et notre vrai Désir."
Denis de ROUGEMONT, Comme toi-même, Essais sur les Mythes de l'Amour
Denis de ROUGEMONT, Comme toi-même, Essais sur les Mythes de l'Amour
dimanche 12 juin 2011
Dimanche de Pentecôte
"l'Esprit de Yahvé reposera sur lui : esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte de Yahvé"
Isaïe XI, 2.
Isaïe XI, 2.
samedi 4 juin 2011
Hymne
À la très-chère, à la très-belle
Qui remplit mon coeur de clarté,
À l'ange, À l'idole immortelle,
Salut en l'immortalité !
Elle se répand dans ma vie
Comme un air imprégné de sel,
Et dans mon âme inassouvie
Verse le goût de l'éternel.
Sachet toujours frais qui parfume
L'atmosphère d'un cher réduit,
Encensoir oublié qui fume
En secret à travers la nuit,
Comment, amour incorruptible,
T'exprimer avec vérité?
Grain de musc qui gis, invisible,
Au fond de mon éternité !
À la très-bonne, à la très-belle
Qui fait ma joie et ma santé,
À l'ange, à l'idole immortelle,
Salut en l'immortalité !
Charles BAUDELAIRE, Les Fleurs du Mal
Qui remplit mon coeur de clarté,
À l'ange, À l'idole immortelle,
Salut en l'immortalité !
Elle se répand dans ma vie
Comme un air imprégné de sel,
Et dans mon âme inassouvie
Verse le goût de l'éternel.
Sachet toujours frais qui parfume
L'atmosphère d'un cher réduit,
Encensoir oublié qui fume
En secret à travers la nuit,
Comment, amour incorruptible,
T'exprimer avec vérité?
Grain de musc qui gis, invisible,
Au fond de mon éternité !
À la très-bonne, à la très-belle
Qui fait ma joie et ma santé,
À l'ange, à l'idole immortelle,
Salut en l'immortalité !
Charles BAUDELAIRE, Les Fleurs du Mal
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