dimanche 12 juin 2022

Errance et rêverie (en hommage à "L'eau et les rêves", à "L'air et les songes"...)

 "A partir de la troisième semaine elle put sortir, et faire de courtes promenades au bord de la rivière, ou dans les bois environnants. C'était un mois d'août exceptionnellement beau ; les journées se succédaient, identiques et radieuses, sans la moindre menace d'orage, sans que rien non plus puisse laisser présager une fin. Michel la tenait par la main ; souvent, ils s'asseyaient sur un banc au bord du Grand Morin. Les herbes de la berge étaient calcinées, presque blanches ; sous le couvert des hêtres la rivière déroulait indéfiniment ses ondulations liquides, d'un vert sombre. Le monde extérieur avait ses propres lois, et ces lois n'étaient pas humaines.

(...)

Il marchait longuement, sans but précis, sur la Sky Road, en de longues promenades rêveuses ; il marchait  dans la présence du ciel. La route de l'Ouest serpentait le long des collines, alternativement abrupte et douce. La mer scintillait, réfractait une lumière mobile sur les derniers îlots rocheux. Dérivant rapidement à l'horizon, les nuages formaient une masse lumineuse et confuse, d'une étrange présence matérielle. Il marchait longtemps, sans effort, le visage baigné d'une brume aquatique et légère."

Michel HOUELLEBECQ (1998)

mercredi 16 février 2022

Love's labour lost...

 

J’ai rêvé tellement fort de toi,  

J’ai tellement marché, tellement parlé, 

Tellement aimé ton ombre, 

Qu’il ne me reste plus rien de toi. 

  

Il me reste d’être l’ombre parmi les ombres 

D’être cent fois plus ombre que l’ombre 

D’être l’ombre qui viendra et reviendra dans ta vie ensoleillée. 

  

Robert DESNOS, Poèmes du bagne  


samedi 18 décembre 2021

Loin de nos cendres

 (...)

"Une fine poussière nocturne dérangeait à peine le duvet de ton cher visage endormi. Ce qui arrivait des étoiles n'était pas théâtral mais observé. Ma timidité renaissait sous de soigneux dehors, ceux que les gélées blanches accordent aux herbes au repos sur le revers des plateaux glacials."

 René CHAR, Loin de nos cendres (1926-1982)

vendredi 27 novembre 2020

Chagrin d'amour

 "Le jour suivant, je me levai de très bonne heure, me taillai un bâton et m'en allai loin de la ville. Je voulais me promener seul et ruminer mon chagrin. Il faisait un temps superbe, ensoleillé, et modérément chaud ; un vent frais et joyeux errait au-dessus de la terre, folâtrait  et bruissait, mais avec retenue. Je marchai longtemps à travers monts et bois, profondément insatisfait, car le but de ma randonnée avait été de m'adonner à la mélancolie, et voilà que la jeunesse, la splendeur du soleil, la fraîcheur de l'air, le plaisir d'une marche rapide, la molle volupté de s'allonger dans l'herbe dense, loin de tous les regards, voilà que tout cela  prenait le dessus et me faisait oublier mon chagrin...

Et puis le souvenir des paroles de Zinaïda et de ses baisers s'empara de nouveau de mon âme. Il m'était doux de me dire qu'elle avait été bien forcée de reconnaître ma force de caractère et mon héroïsme..."

 Ivan TOURGUENIEV, Premier amour (trad. R. Hoffmann)

vendredi 11 septembre 2020

To Autumn

To Autumn

Season of mists and mellow fruitfulness,
   Close bosom-friend of the maturing sun;
Conspiring with him how to load and bless
   With fruit the vines that round the thatch-eves run;
To bend with apples the moss'd cottage-trees,
   And fill all fruit with ripeness to the core;
      To swell the gourd, and plump the hazel shells
   With a sweet kernel; to set budding more,
And still more, later flowers for the bees,
Until they think warm days will never cease,
      For summer has o'er-brimm'd their clammy cells.

Who hath not seen thee oft amid thy store?
   Sometimes whoever seeks abroad may find
Thee sitting careless on a granary floor,
   Thy hair soft-lifted by the winnowing wind;
Or on a half-reap'd furrow sound asleep,
   Drows'd with the fume of poppies, while thy hook
      Spares the next swath and all its twined flowers:
And sometimes like a gleaner thou dost keep
   Steady thy laden head across a brook;
   Or by a cyder-press, with patient look,
      Thou watchest the last oozings hours by hours.

Where are the songs of spring? Ay, Where are they?
   Think not of them, thou hast thy music too,—
While barred clouds bloom the soft-dying day,
   And touch the stubble-plains with rosy hue;
Then in a wailful choir the small gnats mourn
   Among the river sallows, borne aloft
      Or sinking as the light wind lives or dies;
And full-grown lambs loud bleat from hilly bourn;
   Hedge-crickets sing; and now with treble soft
   The red-breast whistles from a garden-croft;
      And gathering swallows twitter in the skies.

John KEATS (1795-1821)

mercredi 5 août 2020

Sur la grève

Couche-toi sur la grève et prends en tes deux mains,
Pour le laisser couler ensuite, grain par grain,
De ce beau sable blond que le soleil fait d'or;
Puis, avant de fermer les yeux, contemple encor
La mer harmonieuse et le ciel transparent,
Et, quand tu sentiras, peu à peu, doucement,
Que rien ne pèse plus à tes mains plus légères,
Avant que de nouveau tu rouvres tes paupières,
Songe que notre vie à nous emprunte et mêle
Son sable fugitif à la grève éternelle.

Henri de RÉGNIER, Les Médailles d'Argile.

mercredi 20 mai 2020

LET ME NOT TO THE MARRIAGE OF TRUE MINDS

Let me not to the marriage of true minds
Admit impediments. Love is not love
Which alters when it alteration finds,
Or bends with the remover to remove.
O no! it is an ever-fixed mark
That looks on tempests and is never shaken;
It is the star to every wand'ring bark,
Whose worth's unknown, although his height be taken.
Love's not Time's fool, though rosy lips and cheeks
Within his bending sickle's compass come;
Love alters not with his brief hours and weeks,
But bears it out even to the edge of doom.
If this be error and upon me prov'd,
I never writ, nor no man ever lov'd.
 
 
William Shakespeare (Sonnet 116)

Winters

 "But what after all is one night ? A short space, especially when the darkness dims so soon, and so soon a bird sings, a cock crows, o...