mardi 29 mai 2018

Feuillets d'Hypnos (175)

Le peuple des prés m'enchante. Sa beauté frêle et dépourvue de venin, je ne me lasse pas de me la réciter. Le campagnol, la taupe, sombres enfants perdus dans la chimère de l'herbe, l'orvet, fils du verre, le grillon, moutonnier comme pas un, la sauterelle qui claque et compte son linge, le papillon qui simule l'ivresse et agace les fleurs de ses hoquets silencieux, les fourmis assagies par la grande étendue verte, et immédiatement au-dessus les météores hirondelles ...
Prairie, vous êtes le boîtier du jour.

René CHAR, Feuillets d'Hypnos (1943-1944)

samedi 26 mai 2018

L'ESPERANCE

Dans l'obscurité pressentir la joie,
Savoir susciter la fraîcheur des roses,
Leur jeune parfum qui vient sous vos doigts
Comme une douceur cherche un autre corps.
Le coeur précédé d'antennes agiles,
Avancer en soi, et grâce à quels yeux,
Eclairer ceci, déceler cela,
Rien qu'en approchant des mains lumineuses.
Mais dans quel jardin erre-t-on ainsi
Qui ne serait clos que par la pensée ?
Ah pensons tout bas, n'effarouchons rien,
Je sens que se forme un secret soleil.

Jules SUPERVIELLE, La Fable du monde (1938)

samedi 19 mai 2018

MARIPOSA

Butterflies are white and blue
In this field we wander through.
Suffer me to take your hand.
Death comes in a day or two.

All the things we ever knew
Will be ashes in that hour:
Mark the transient butterfly,
How he hangs upon the flower.

Suffer me to take your hand.
Suffer me to cherish you
Till the dawn in the sky.
Whether I be false or true,
Death comes in a day or two.

Edna ST. VINCENT MILLAY, Second April