L'homme ne vit pas seulement d'intelligence ou d'action. Il est vivant lorsqu'il aime et lorsqu'il se sait aimé. C'est tellement simple que cela paraît stupide ! Quiconque a été une seule fois amoureux, vraiment, a compris l'essentiel. Il sait de science irréfutable que la bien-aimée est unique et qu'elle ne peut pas mourir. Il sait que cet amour qui l'emporte vient de plus loin que lui et l'entraînera toujours plus loin que lui. Cet amour est comme la colombe porteuse d'un rameau d'olivier. Il est l'annonce d'une terre ferme après le déluge.
Stan ROUGIER, in Olivier CLEMENT, La révolte de l'Esprit
Mon blog propose à la lecture des poésies et des réflexions de différents auteurs, le plus souvent de langue française, et parfois de langue anglaise ou espagnole.
dimanche 31 mai 2009
samedi 30 mai 2009
Adoration
Tel l'océan de juillet sous la brise,
ton corps dispense l'ivresse fraîche et bonne :
neige et roses.
Rosée dans la forêt de mai, merisiers près de la source
n'ont pas de plus doux parfum
que tes lèvres parfumées.
Splendeur éblouissante de l'être -
vois la poussière où tu marches
avec adoration baiser
le balbutiant
esclave.
Vilhelm EKELUND (1880-1949)
ton corps dispense l'ivresse fraîche et bonne :
neige et roses.
Rosée dans la forêt de mai, merisiers près de la source
n'ont pas de plus doux parfum
que tes lèvres parfumées.
Splendeur éblouissante de l'être -
vois la poussière où tu marches
avec adoration baiser
le balbutiant
esclave.
Vilhelm EKELUND (1880-1949)
vendredi 29 mai 2009
La Rose
Je suis belle car j'ai poussé dans le jardin de mon amant.
Dehors sous la pluie printanière j'ai bu le désir,
dehors sous le soleil j'ai bu le feu -
maintenant je suis ouverte et j'attends.
Edith SÖDERGRAN (1892-1923)
Dehors sous la pluie printanière j'ai bu le désir,
dehors sous le soleil j'ai bu le feu -
maintenant je suis ouverte et j'attends.
Edith SÖDERGRAN (1892-1923)
jeudi 28 mai 2009
Les marronniers las penchent
Les marronniers las penchent
après l'orage leurs lourds
thyrses blancs.
Les grappes mauves
des lilas humides
se balancent doucement.
Craintifs, hésitants,
les rossignols commencent à chanter
O mon coeur ! Tu es baigné
par l'infinie consolation
de la nouvelle naissance
et de la quiétude;
ô mon coeur ! Ta chanson
sera sur le mode mineur
chanson muette au Désir.
Vilhelm EKELUND (1880-1949)
après l'orage leurs lourds
thyrses blancs.
Les grappes mauves
des lilas humides
se balancent doucement.
Craintifs, hésitants,
les rossignols commencent à chanter
O mon coeur ! Tu es baigné
par l'infinie consolation
de la nouvelle naissance
et de la quiétude;
ô mon coeur ! Ta chanson
sera sur le mode mineur
chanson muette au Désir.
Vilhelm EKELUND (1880-1949)
mercredi 27 mai 2009
Lettre
Non, ce n'est pas en vous « un idéal » que j'aime,
C'est vous tout simplement, mon enfant, c'est vous-même.
Telle Dieu vous a faite, et telle je vous veux.
Et rien ne m'éblouit, ni l'or de vos cheveux,
Ni le feu sombre et doux de vos larges prunelles,
Bien que ma passion ait pris sa source en elles.
Comme moi, vous devez avoir plus d'un défaut ;
Pourtant c'est vous que j'aime et c'est vous qu'il me faut.
Je ne poursuis pas là de chimère impossible ;
Non, non ! mais seulement, si vous êtes sensible
Au sentiment profond, pur, fidèle et sacré,
Que j'ai conçu pour vous et que je garderai,
Et si nous triomphons de ce qui nous sépare,
Le rêve, chère enfant, où mon esprit s'égare,
C'est d'avoir à toujours chérir et protéger
Vous comme vous voilà, vous sans y rien changer.
Je vous sais le coeur bon, vous n'êtes point coquette ;
Mais je ne voudrais pas que vous fussiez parfaite,
Et le chagrin qu'un jour vous me pourrez donner,
J'y tiens pour la douceur de vous le pardonner.
Je veux joindre, si j'ai le bonheur que j'espère,
À l'ardeur de l'amant l'indulgence du père
Et devenir plus doux quand vous me ferez mal.
Voyez, je ne mets pas en vous «un idéal,»
Et de l'humanité je connais la faiblesse ;
Mais je vous crois assez de coeur et de noblesse ;
Pour espérer que, grâce à mon effort constant,
Vous m'aimerez un peu, moi qui vous aime tant !
François COPPEE
C'est vous tout simplement, mon enfant, c'est vous-même.
Telle Dieu vous a faite, et telle je vous veux.
Et rien ne m'éblouit, ni l'or de vos cheveux,
Ni le feu sombre et doux de vos larges prunelles,
Bien que ma passion ait pris sa source en elles.
Comme moi, vous devez avoir plus d'un défaut ;
Pourtant c'est vous que j'aime et c'est vous qu'il me faut.
Je ne poursuis pas là de chimère impossible ;
Non, non ! mais seulement, si vous êtes sensible
Au sentiment profond, pur, fidèle et sacré,
Que j'ai conçu pour vous et que je garderai,
Et si nous triomphons de ce qui nous sépare,
Le rêve, chère enfant, où mon esprit s'égare,
C'est d'avoir à toujours chérir et protéger
Vous comme vous voilà, vous sans y rien changer.
Je vous sais le coeur bon, vous n'êtes point coquette ;
Mais je ne voudrais pas que vous fussiez parfaite,
Et le chagrin qu'un jour vous me pourrez donner,
J'y tiens pour la douceur de vous le pardonner.
Je veux joindre, si j'ai le bonheur que j'espère,
À l'ardeur de l'amant l'indulgence du père
Et devenir plus doux quand vous me ferez mal.
Voyez, je ne mets pas en vous «un idéal,»
Et de l'humanité je connais la faiblesse ;
Mais je vous crois assez de coeur et de noblesse ;
Pour espérer que, grâce à mon effort constant,
Vous m'aimerez un peu, moi qui vous aime tant !
François COPPEE
mardi 26 mai 2009
De la maternité
Se déployant sur des décennies, s'articulant le plus souvent à une ou plusieurs autres activités dans la vie de la femme, c'est une activité d'intelligence, d'interaction verbale et physique, une relation à nulle autre pareille : ni purement pédagogique, sentimentale, ou économique, ni échange entre égaux, ni rapport de forces...mais lien en perpétuelle transformation, responsabilité destinée à se déprendre. Pourquoi, en Europe, a-t-elle été jugée digne de si peu de réflexions et donc de si peu de reconnaissance ?
Nancy HUSTON, On ne naît pas homme in "Le Monde" daté 17-18 mai 2009.
Nancy HUSTON, On ne naît pas homme in "Le Monde" daté 17-18 mai 2009.
lundi 25 mai 2009
L'homme et la femme
Un jour qu'il dialoguait avec cette grande pionnière de la psychanalyse française qu'était Marie Bonaparte, il [Freud] lui confia:
La problématique de la femme est celle du vouloir, la problématique de l'homme est celle du pouvoir. Entendons-nous bien. Dans notre formule, le mot "pouvoir" n'est pas synonyme de puissance politique ou sociale, il exprime plutôt la conviction intime qu'éprouve un homme d'être capable d'accomplir une action. L'interrogation "Que peut un homme ?" condense toutes les variantes du doute masculin face à l'épreuve: "Serai-je à la hauteur de la tâche? Pourrai-je y parvenir? Suis-je suffisamment préparé ?" Je définirai l'angoisse masculine comme la crainte de ne pouvoir satisfaire l'attente de l'autre. Quel autre ? Avant tout une femme, ou encore tel homme investi d'une autorité.(...)
...l'homme d'aujourd'hui est un être désemparé qui n'a plus rien à offrir et se croit indigne d'amour. Il veut qu'on l'aime non pour ce qu'il est, mais pour ce qu'il pourrait être, donner ou faire. En fait, pour un homme, le vrai pouvoir réside non pas dans la possession matérielle ou dans l'exercice d'une fonction hiérarchique, mais dans son aptitude à tirer de lui-même plus qu'il n'y a effectivement en lui. C'est cela le pouvoir : être capable de se surpasser, de se propulser vers l'avenir.
Juan-David NASIO, Un psychanalyste sur le divan, Paris, Payot & Rivages, 2002, pp. 75-76.
L'immense interrogation restée sans réponse et à laquelle moi-même je n'ai jamais pu répondre malgré mes trente années d'étude de l'âme féminine est la suivante : "Que veut une femme ?"Aujourd'hui, un siècle plus tard, la question du désir féminin demeure entière et se double d'une autre, tout aussi énigmatique sur l'éternel masculin, que je paraphraserai ainsi: "Que peut - et non "que veut" - un homme ?
La problématique de la femme est celle du vouloir, la problématique de l'homme est celle du pouvoir. Entendons-nous bien. Dans notre formule, le mot "pouvoir" n'est pas synonyme de puissance politique ou sociale, il exprime plutôt la conviction intime qu'éprouve un homme d'être capable d'accomplir une action. L'interrogation "Que peut un homme ?" condense toutes les variantes du doute masculin face à l'épreuve: "Serai-je à la hauteur de la tâche? Pourrai-je y parvenir? Suis-je suffisamment préparé ?" Je définirai l'angoisse masculine comme la crainte de ne pouvoir satisfaire l'attente de l'autre. Quel autre ? Avant tout une femme, ou encore tel homme investi d'une autorité.(...)
...l'homme d'aujourd'hui est un être désemparé qui n'a plus rien à offrir et se croit indigne d'amour. Il veut qu'on l'aime non pour ce qu'il est, mais pour ce qu'il pourrait être, donner ou faire. En fait, pour un homme, le vrai pouvoir réside non pas dans la possession matérielle ou dans l'exercice d'une fonction hiérarchique, mais dans son aptitude à tirer de lui-même plus qu'il n'y a effectivement en lui. C'est cela le pouvoir : être capable de se surpasser, de se propulser vers l'avenir.
Juan-David NASIO, Un psychanalyste sur le divan, Paris, Payot & Rivages, 2002, pp. 75-76.
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