jeudi 30 avril 2009

Fidélité

Si l'on vient te dire : "Rejette celle-là parce qu'elle te lèse...",
écoute-les avec indulgence mais ne change point ton comportement car qui a le pouvoir de te léser ?
Et si l'on vient te dire : "Rejette-la, car tous tes soins sont inutiles...", écoute-les avec indulgence mais ne change point ton comportement, car tu as une fois choisi. Et si l'on peut te voler ce que tu reçois, qui détient le pouvoir de te voler ce que tu donnes ?

Antoine de SAINT-EXUPERY, Citadelle

mercredi 29 avril 2009

Cantate de Bettine

Nina, ton sourire,
Ta voix qui soupire,
Tes yeux qui font dire
Qu'on croit au bonheur,

Ces belles années,
Ces douces journées,
Ces roses fanées,
Mortes sur ton coeur...

Nina, ma charmante,
Pendant la tourmente,
La mer écumante
Grondait à nos yeux;

Riante et fertile,
La plage tranquille
Nous montrait l'asile
Qu'appelaient nos voeux !

Aimable Italie,
Sagesse ou folie,
Jamais, jamais ne t'oublie
Qui t'a vue un jour !

Toujours plus chérie,
Ta rive fleurie
Toujours sera la patrie
Que cherche l'amour.

Alfred de MUSSET, Poésies complémentaires

mardi 28 avril 2009

L'amour est une compagnie

L'amour est une compagnie.
Je ne peux plus aller seul par les chemins, parce que je ne peux plus aller seul nulle part.
Une pensée visible fait que je vais plus vite et que je vois bien moins, tout en me donnant envie de tout voir.
Il n'est jusqu'à son absence qui ne me tienne compagnie.
Et je l'aime tant que je ne sais comment la désirer.

Si je ne la vois pas, je l'imagine et je suis fort comme les arbres hauts.
Mais si je la vois je tremble, et je ne sais de quoi se compose ce que j'éprouve en son absence.
Je suis tout entier une force qui m'abandonne.
Toute la réalité me regarde ainsi qu'un tournesol dont le coeur serait son visage.

Fernando PESSOA, Le pasteur amoureux

lundi 27 avril 2009

Sur la vie

La vie n'est pas une plaisanterie
Tu la prendras au sérieux,
Comme le fait un écureuil, par exemple,
Sans rien attendre du dehors et d'au-delà.
Tu n'auras rien d'autre à faire que de vivre.

La vie n'est pas une plaisanterie,
Tu la prendras au sérieux,
Mais au sérieux à tel point,
Qu'adossé au mur, par exemple, les mains liées
Ou dans un laboratoire
En chemise blanche, avec de grandes lunettes,
Tu mourras pour que vivent les hommes,
Les hommes dont tu n'auras même pas vu le visage,
Et tu mourras tout en sachant
Que rien n'est plus beau, que rien n'est plus vrai que la vie.
Tu la prendras au sérieux à tel point
Qu'à soixante-dix ans, par exemple, tu planteras des oliviers
Non pas pour qu'ils restent à tes enfants
Mais parce que tu ne croiras pas à la mort
Tout en la redoutant
Mais parce que la vie pèsera plus lourd dans la balance.

Nazim HIKMET
(1948)

dimanche 26 avril 2009

Lumière

On voit parfois à travers l'air humide et serein un rayon de soleil rencontrer des nuages en formant des cercles qui se repoussent mutuellement; un arc-en-ciel multicolore se déroule et tout autour l'éther s'illumine en d'innombrables cercles, aussitôt détruits. C'est une image des lumières célestes; la Lumière suprême illumine sans cesse de ses rayons les intelligences inférieures. La source des rayons, c'est cette Lumière dont le nom est ineffable, cette Lumière qu'on ne peut saisir, car elle échappe à l'esprit qui veut l'approcher, si rapide soit-il, et elle ne cesse de se dérober à toutes les intelligences, afin que nos désirs nous fassent tendre à une hauteur toujours nouvelle.

Grégoire de NAZIANZE, Carmina

samedi 25 avril 2009

Chanson du Fou

Au soleil couchant
Toi qui vas cherchant
Fortune,
Prends garde de choir;
La terre, le soir,
Est brune.

L'océan trompeur
Couvre de vapeur
La dune.
Vois à l'horizon;
Aucune maison,
Aucune !

Maint voleur te suit;
La chose est, la nuit,
Commune.
Les dames des bois
Nous gardent parfois
Rancune.

Elles vont errer;
Crains d'en rencontrer
Quelqu'une.
Les lutins de l'air
Vont danser au clair
De lune.

Victor HUGO
, Cromwell, Acte IV, scène 1. (1827)

vendredi 24 avril 2009

VIVER NÃO DOI

Definitivo, como tudo o que é simples.
Nossa dor não advém das coisas vividas,
mas das coisas que foram sonhadas
e não se cumpriram.

Por que sofremos tanto por amor?
O certo seria a gente não sofrer,
apenas agradecer por termos conhecido
uma pessoa tão bacana,
que gerou em nós um sentimento intenso
e que nos fez companhia por um tempo razoável,
um tempo feliz.

Sofremos por quê?

Porque automaticamente esquecemos
o que foi desfrutado e passamos a sofrer
pelas nossas projeções irrealizadas,
por todas as cidades que gostaríamos
de ter conhecido ao lado do nosso amor
e não conhecemos,
por todos os filhos que
gostaríamos de ter tido junto e não tivemos,
por todos os shows e livros e silêncios
que gostaríamos de ter compartilhado,
e não compartilhamos.
Por todos os beijos cancelados,
pela eternidade.

Sofremos não porque
nosso trabalho é desgastantee paga pouco,
mas por todas as horas livres
que deixamos de ter para ir ao cinema,
para conversar com um amigo,
para nadar, para namorar.

Sofremos não porque nossa mãe
é impaciente conosco,
mas por todos os momentos em que
poderíamos estar confidenciando a ela
nossas mais profundas angústias
se ela estivesse interessada
em nos compreender.
Sofremos não porque nosso time perdeu,
mas pela euforia sufocada.

Sofremos não porque envelhecemos,
mas porque o futuro está sendo
confiscado de nós,
impedindo assim que mil aventuras
nos aconteçam,
todas aquelas com as quais sonhamos e
nunca chegamos a experimentar.

Como aliviar a dor do que não foi vivido?
A resposta é simples como um verso:
Se iludindo menos e vivendo mais!!!

A cada dia que vivo,
mais me convenço de que o
desperdício da vida
está no amor que não damos,
nas forças que não usamos,
na prudência egoísta que nada arrisca,
e que, esquivando-se do sofrimento,
perdemos também a felicidade.

A dor é inevitável.

O sofrimento é opcional.

Carlos DRUMMOND de ANDRADE

***

VIVRE NE FAIT PAS DE MAL


Définitif, comme tout ce qui est simple.
Notre douleur ne provient pas des choses vécues,
Mais des choses qui ont été rêvées et qui ne se sont pas réalisées.

Pourquoi souffrons-nous tant par amour ?
Ce qui serait juste, ce serait de ne pas souffrir,
Seulement de remercier pour avoir connu
Quelqu’un d’aussi spécial,
Qui a nourri en nous un sentiment intense
Et qui nous a accompagné
Pendant un temps raisonnable
Un temps de joie.

Pourquoi souffrons-nous ?

Parce qu’automatiquement nous oublions
Ce dont nous avons joui
Et que nous nous mettons à souffrir
A cause des projets que nous n’avons pas réalisés,
A cause de toutes les villes
Que nous aimerions avoir connues au côté de notre amour
Et que nous ne connaissons pas,
A cause de tous les enfants
Que nous aimerions avoir eus ensemble
Et que nous n’avons pas eus,
A cause de tous les spectacles et livres et silences
Que nous aimerions avoir partagés
Et que nous n’avons pas partagés.
A cause de tous les baisers
Annulés pour l’éternité.

Nous ne souffrons pas parce que
notre travail est épuisant et mal payé,
mais pour toutes les heures libres
Que nous n’aurons pas pour aller au cinéma,
Pour discuter avec un ami,
Pour nager, pour être avec qui on aime.

Nous ne souffrons pas parce que notre mère
Est impatiente avec nous,
Mais pour tous les moments où
Nous pourrions lui confier
Nos plus profondes angoisses
Si elle s’intéressait à nous comprendre.
Nous ne souffrons pas parce que notre club a perdu le match,
Mais pour l’euphorie étouffée.

Nous ne souffrons pas parce que nous vieillissons,
Mais parce que l’avenir est en train
de nous être confisqué,
empêchant ainsi que mille aventures
nous arrivent,
toutes celles dont nous avons rêvé et
dont nous n’avons jamais pu faire l’expérience.

Comment soulager la douleur de ce qui n’a pas été vécu ?
La réponse est simple comme un vers (de poésie) :
En se faisant moins d’illusions et en vivant davantage !!!

A chaque jour que je vis,
Je me convaincs davantage de ce que
Le manque à vivre
Est dans l’amour que nous ne donnons pas,
Dans les forces que nous n’utilisons pas,
Dans la prudence égoïste qui ne risque rien,
Et qu’en esquivant la souffrance
Nous passons aussi à côté du bonheur.

La douleur est inévitable.

La souffrance est un choix.

Carlos DRUMMOND de ANDRADE

jeudi 23 avril 2009

Nostalgie

Les hommes ne se séparent de rien sans regret, et même les lieux, les choses et les gens qui les rendirent le plus malheureux, ils ne les abandonnent point sans douleur.

Guillaume APOLLINAIRE, Le Flâneur des deux rives

mercredi 22 avril 2009

Prière

Rien qu'aujourd'hui, j'essaierai de vivre exclusivement la journée sans tenter de résoudre le problème de toute ma vie. Rien qu'aujourd'hui, je ne critiquerai personne. Et ne prétendrai redresser ou discipliner personne, si ce n'est moi.

Jean XXIII

lundi 20 avril 2009

Venise

Dans Venise la rouge,
Pas un bateau qui bouge,
Pas un pêcheur dans l'eau,
Pas un falot.

Seul, assis à la grève,
Le grand lion soulève,
Sur l'horizon serein,
Son pied d'airain.

Autour de lui, par groupes,
Navires et chaloupes,
Pareils à des hérons
Couchés en ronds,

Dorment sur l'eau qui fume,
Et croisent dans la brume,
En légers tourbillons,
Leurs pavillons.

La lune qui s'efface
Couvre son front qui passe
D'un nuage étoilé
Demi-voilé.

Ainsi, la dame abbesse
De Sainte-Croix rabaisse
Sa cape aux vastes plis
Sur son surplis.

Et les palais antiques,
Et les graves portiques,
Et les blancs escaliers
Des chevaliers,

Et les ponts et les rues
Et les mornes statues,
Et le golfe mouvant
Qui tremble au vent,

Tout se tait, fors les gardes
Aux longues hallebardes,
Qui veillent aux créneaux
Des arsenaux.

- Ah! maintenant plus d'une
Attend au clair de lune,
Quelque jeune muguet,
L'oreille au guet.

Pour le bal qu'on prépare
Plus d'une qui se pare
Met devant son miroir
Le masque noir. (...)

Et qui dans l'Italie
N'a son grain de folie ?
Qui ne garde aux amours
Ses plus beaux jours ?

Alfred de MUSSET, Contes d'Espagne et d'Italie (1829)

dimanche 19 avril 2009

Action de grâce

Ceux qui marchent dans le sentier de l'orgueil et qui foulent la vie humble sous leurs bottes; qui laissent sur l'herbe fragile la marque de leurs pieds teintés de sang;

Qu'ils se réjouissent et te louent, Seigneur, car ce jour est à eux.

Mais moi je te remercie de ce que mon lot est avec les déshérités qui souffrent et portent le fardeau de la puissance, et cachent leur visage, en étouffant leurs sanglots dans l'obscurité.

Car chaque pulsation de leur peine a palpité dans la secrète profondeur de ta nuit, et chaque insulte a été recueillie dans ton grand silence.

Et le lendemain leur appartient.

O Soleil, lève-toi sur les coeurs qui saignent; qu'ils fleurissent en fleurs du matin, et que les torches des orgies orgueilleuses soient réduites en cendres.

Rabindranath TAGORE
, La Corbeille de fruits

samedi 18 avril 2009

Memento

Cuando yo me muera
enterradme con mi guitarra
bajo la arena.

Cuando yo me muera,
entre los naranjos
y la hierbabuena.

Cuando yo me muera,
enterradme, si quieréis,
en una veleta.
!Cuando yo me muera!

Federico GARCIA LORCA


***

Quand je mourrai,
enterrez-moi avec ma guitare
sous le sable.

Quand je mourrai,
parmi les orangers
et la bonne menthe.

Quand je mourrai,
enterrez-moi, si vous voulez,
dans une girouette.

Quand je mourrai !

vendredi 17 avril 2009

Amour-eros, Amour-agapê

L’amour d’un être humain, dans la mesure où l’on peut et doit le distinguer de l’amour du prochain (ou charité fraternelle), consiste à vouloir un être personnel comme un bien (une valeur), dans le dessein de le posséder et d’en jouir. Cet amour est inséparable du désir de porter, en soi-même, l’être aimé à l’accomplissement, à la perfection de son être. Par cet effort, l’être qui aime assume la tâche infinie de se réaliser, de se parfaire lui-même (esprit). Dans l’une et dans l’autre de ces aspirations, l’amour apparaît comme une manifestation de l’infini sous une forme finie. Il en découle par le fait même que l’amour humain doit accepter avec réalisme et lucidité les limites de l’être aimé ; que dans son indéracinable espérance, il ne doit pas faire sentir sa déception à l’être aimé ; qu’il doit, au contraire, s’accepter lui-même, en tant qu’amour humain, comme le lieu où Dieu, par son absence douloureuse, se manifeste comme seule source de perfection infinie.

Karl RAHNER

jeudi 16 avril 2009

Les mots

Il y a des mots qui font vivre
Et ce sont des mots innocents
Le mot chaleur le mot confiance
Amour justice et le mot liberté
Le mot enfant et le mot gentillesse
Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits
Le mot courage et le mot découvrir
Et le mot frère et le mot camarade
Et certains noms de pays de villages
Et certains noms de femmes et d'amis

Paul ELUARD, Au rendez-vous allemand, Gabriel Péri

mercredi 15 avril 2009

SURREALIDAD

Esa mujer que has conocido en un sueño y ahora dice adiós
Como un objeto de infinita blancura
Esa mujer que el amor protege con frases ciertas
Y pequeñas aventuras
De su bella costumbre
Un vestido absorto en la lejanía es todo lo que resta
Un aroma obsesionante y líquido
Que dispensa también de la muerte
Un cierto olor desfigurado por el reino de una semana
Esa mujer en cuyo lugar habita ahora un aluna
Nerviosa y pálida como la ausencia
Como el amarillo salobre de lo que no habrá de volver
Esa mujer que de pie en el centro de lo que ayer fuera
Una sombra o un paisaje
Parecía caer en otra suerte de recuerdo
O de vida desconocida
Que el día siempre borraba
Mirarla era vivir morir
Así fuera un día del año una hora del día
Porque
Sus brazos ardían toda la noche
Sus palabras guardaban siempre un mensaje
Sus ojos permitían el olvido y el sueño

Elkin RESTREPO (1942)

SURREALITE

Cette femme que tu rencontras dans un songe et qui maintenant te quitte
Comme un objet d’infinie blancheur
Cette femme que l’amour protège en phrases assurées
Et petites aventures
De sa belle habitude
Un vêtement dissous dans le lointain est tout ce qu’il en reste
Un arôme obsédant et fluide
Dispensateur aussi de mort
Une certaine odeur défigurée par le règne d’une semaine
Cette femme où gîte désormais une lune
Nerveuse et pâle comme l’absence
Comme le jaune saumâtre de ce qui ne pourra plus être
Cette femme qui dressée au centre de ce qu’hier fut peut-être
Ombre ou paysage
Semblait tomber en une autre manière de souvenir
Ou de vie inconnue
Que le jour effaçait sans relâche
La regarder c’était vivre mourir
Ne fût-ce qu’un seul jour de l’année une heure du jour
Car
Ses bras ardaient toute la nuit
Ses paroles recelaient un éternel message
Ses yeux dispensaient oubli et rêve

Elkin RESTREPO

mardi 14 avril 2009

Histoire d'une séparation

L'homme a dit à la femme
je t'aime
Et comment :
comme si je serrais dans mes paumes
mon coeur, tel un éclat de verre
ensanglantant mes doigts
quand je le brise
à la folie.

L'homme a dit à la femme
Je t'aime

Et comment :
avec la profondeur des kilomètres
avec toute l'immensité des kilomètres
Cent pour cent
Mille pour cent
Cent fois l'infiniment cent.
La femme a dit à l'homme :
J'ai regardé
avec mes lèvres
avec ma tête avec mon coeur
Avec amour, avec terreur, en me penchant
Sur tes lèvres
sur ton coeur
sur ta tête,
Et ce que je dis à présent
C'est de toi que je l'ai appris
Comme un murmure dans les ténèbres
(...)

Nazim HIKMET, C'est un dur métier que l'exil.

lundi 13 avril 2009

An April Day

When the warm sun, that brings
Seed-time and harvest, has returned again,
'Tis sweet to visit the still wood,where springs
The first flower of the plain.

I love the season well,
When forest glades are teeming with bright forms,
Nor dark and many-folded clouds foretell
The coming-on of storms.

From the earth's loosened mould
The sapling draws its sustenance, and thrives;
Though stricken to the heart with winter's cold,
The drooping tree revives.

The softly-warbled song
Comes from the pleasant woods, and coloured wings
Glance quick in the bright sun, that moves along
The forest openings.

When the bright sunset fills
The silver woods with light, the green slope throws
Its shadows in the hollows of the hills,
And wide the upland glows.

And when the eve is born,
In the blue lake the sky, o'er-reaching far,
Is hollowed out, and the moon dips her horn,
And twinkles many a star.

Inverted in the tide
Stand the gray rocks and trembling shadows throw,
And the fair trees look over, side by side,
And see themselves below.

Sweet April ! many a thought
Is wedded unto thee, as hearts are wed;
Nor shall they fail, till, to its autumn brought,
Life's golden fruit is shed.

Henry Wadsworth LONGFELLOW, Earlier poems.

dimanche 12 avril 2009

Joyeuses Pâques !

We have been called
to share in the Resurrection
of Christ
not because
we have fulfilled all the laws
of God and man,
not because
we are religious heroes,
but because
we are suffering and struggling
human beings,
sinners
fighting for our lives,
prisoners
fighting for freedom,
rebels
taking up spiritual weapons
against the powers that degrade
and insult our human dignity.

Thomas MERTON, He is risen

samedi 11 avril 2009

Les Cydalises

Où sont nos amoureuses ?
Elles sont au tombeau :
Elles sont plus heureuses,
Dans un séjour plus beau !

Elles sont près des anges,
Dans le fond du ciel bleu,
Et chantent les louanges
De la mère de Dieu !

O blanche fiancée !
O jeune vierge en fleur !
Amante délaissée
Que flétrit la douleur !

L'éternité profonde
Souriait dans vos yeux [1]...
Flambeaux éteints du monde,
Rallumez-vous aux cieux !

Alfred de MUSSET, La Bohème galante : Petits Châteaux de Bohème - Odelette.
_____________________

[1] cf. Shakespeare (Antony and Cleopatra, Act. I, Sc. 3) : "Eternity was in our lips, and eyes"

jeudi 9 avril 2009

Ami, quand l'heure vient

Ami, quand l'heure vient où tout est consommé,
Quand la ténèbre en toi s'est déversée,
Qu'ont roulé dans l'abîme doutes et souvenirs,
Qu'ombres et feux fantômes assiègent ta pensée -
Quand ton coeur n'est plus que soupirs
Et quand ton oeil n'est plus que larmes -
Ami, lorsque ton âme enténébrée
A perdu ses ailes de feu
Et que vers le Néant tu sombres avec horreur,
Qui vient pour te sauver ? Quel est l'Ange fidèle
Qui fait la paix en toi et te rend la Beauté,
Qui relève tes ruines et reconstruit l'autel
Où de sa main sacrée il rallume la flamme ?
C'est lui, l'Etre suprême ! qui dans la nuit des temps
D'un baiser donna vie aux Séraphins, et qui
Eveilla à la danse les étoiles !
C'est lui, le Verbe Saint qui dit : Soyez ! aux mondes,
Et dont la force meut sans cesse l'univers !
Aussi, réjouis-toi, ami, et chante
Dans la nuit de ton désespoir :
La Nuit est la mère du Jour, et le Chaos
Est proche de Dieu.

Erik Johan STAGNELIUS (1793-1823)

Les temps

Il y a un temps pour tous les êtres. Mais ce temps n'est pas le même pour tous. Le temps des choses n'est pas celui des bêtes. Et celui des bêtes n'est pas celui des humains. Et par-dessus tout et différent de tout, il y a le temps de Dieu qui enferme tous les autres et les dépasse. Le coeur de Dieu ne bat pas au même rythme que le nôtre. Il a son mouvement propre. Celui de son éternelle miséricorde qui s'étend d'âge en âge et ne vieillit jamais. Il nous est très difficile d'entrer dans ce temps divin. Et cependant, là seulement nous pouvons trouver la paix.

P. Eloi LECLERC, Sagesse d'un pauvre

mercredi 8 avril 2009

Que savons-nous ?

Que savons-nous avec nos connaissances biologiques, scientifiques, de l'amour et de son mystère ? Que savons-nous de la joie ? De même, que savons-nous de la parole ? N'est-elle pas fécondatrice ? N'est-elle pas parfois porteuse de mort ?

Françoise DOLTO

mardi 7 avril 2009

Jour de deuil

Nous pressentons que le mal lui-même fait partie de l'économie de la surabondance...il faut donc avoir le courage d'incorporer le mal à l'épopée de l'espérance.

Paul RICOEUR

lundi 6 avril 2009

Les petites choses

Les petites choses n'ont l'air de rien mais elles donnent la paix.C'est comme les fleurs des champs, vois-tu. On les croit sans parfum, et toutes ensemble elles embaument.La prière des petites choses est innocente.

Georges BERNANOS

dimanche 5 avril 2009

Le grand mystère

Tu es venue pour un instant à mes côtés, et tu m'as fait sentir le grand mystère de la femme qui palpite au coeur même de la création.
C'est elle qui toujours retourne à Dieu les flots débordants de sa douceur; elle est la beauté toujours fraîche et la jeunesse dans la nature; elle danse dans les eaux courantes et chante dans la lumière du matin; avec de bondissantes vagues elle étanche la soif de la terre; et c'est en elle que l'Unique et l'Eternel s'est incarné pour jaillir en une joie qui ne peut plus se contraindre, et s'épanche dans la douleur de l'amour.

Rabindranath TAGORE, L'Offrande lyrique.

samedi 4 avril 2009

Toi

TU

Cae tu palabra en la soledad como ramo de olivo
en la paz. Yo no sabia
que tu voz llegara con estrellas.
Eres mi grito de combate
contra la muerte.
Ahora un arbol crece donde el olvido
cierra los ojos.
Tu.

TOI

Ta parole tombe en la solitude comme un rameau d'olivier
dans la paix. J'ignorais
que ta voix s'accompagnait d'étoiles.
Tu es mon cri de combat
contre la mort.
A présent un arbre grandit où l'oubli
ferme les yeux.
Toi.

Eduardo COTE LAMUS (1928-1964)

vendredi 3 avril 2009

Dans la matinée verte
je voulais être un coeur.
Un coeur.

Et dans la soirée mûre
je voulais être un rossignol.
Rossignol.

(Mon âme,
rougis comme l'orange.
Mon âme,
rougis comme l'amour.)

Dans la matinée vive
je voulais être moi.
Un coeur.

Et dans le soir tombé
je voulais être ma voix.
Rossignol.

Mon âme,
rougis comme l'orange.
Mon âme,
rougis comme l'amour !

Federico GARCIA LORCA
, Amour (Avec ailes et flèches.)

jeudi 2 avril 2009

Demain

Agé de cent mille ans, j'aurais encor la force
De t'attendre, ô demain pressenti par l'espoir.
Le temps, vieillard souffrant de multiples entorses,
Peut gémir : Le matin est neuf, neuf est le soir.

Mais depuis trop de mois nous vivons à la veille,
Nous veillons, nous gardons la lumière et le feu,
Nous parlons à voix basse et nous tendons l'oreille
A maint bruit vite éteint et perdu comme au jeu.

Or, du fond de la nuit, nous témoignons encore
De la splendeur du jour et de tous ses présents.
Si nous ne dormons pas c'est pour guetter l'aurore
Qui prouvera qu'enfin nous vivons au présent.

Robert DESNOS, Etat de veille, 1943.

mercredi 1 avril 2009

Poésie ininterrompue

Hier c’est la jeunesse hier c’est la promesse

Pour qu’un seul baiser la retienne
Pour que l’entoure le plaisir
Comme un été blanc bleu et blanc
Pour qu’il lui soit règle d’or pur
Pour que sa gorge bouge douce
Sous la chaleur tirant la chair
Vers une caresse infinie
Pour qu’elle soit comme une plaine
Nue et visible de partout
Pour qu’elle soit comme une pluie
Miraculeuse sans nuage
Comme une pluie entre deux feux
Comme une larme entre deux rires
Pour qu’elle soit neige bénie
Sous l’aile tiède d’un oiseau
Lorsque le sang coule plus vite
Dans les veines du vent nouveau
Pour que ses paupières ouvertes
Approfondissent la lumière
Parfum total à son image
Pour que sa bouche et le silence
Intelligibles se comprennent
Pour que ses mains posent leur paume
Sur chaque tête qui s’éveille
Pour que les lignes de ses mains
Se continuent dans d’autres mains
Distances à passer le temps

Je fortifierai mon délire

Paul ELUARD, Poésie ininterrompue (1946)